26 septembre 2020
Critiques

Ma Ma : Mauvais de chez mauvais !

Dans une vidéo, le critique de cinéma Rafik Djoumi (actuellement rédacteur en chef de l'indispensable émission "BITS") relevait le paradoxe fondateur qui parcourait le genre mélodrame médical, à savoir sa propension à rendre supportable au public le visage de la maladie dont les personnages sont atteints. Comme si les bons sentiments devaient remplacer l'identification à la souffrance traversée par les protagonistes, dont les trajectoires tombent de ce fait sous le coup de l'abstraction dramatique. Ainsi, si ce n'est au détour de poussées lacrymales venant tapiner sur le terrain des images d'Epinal de la compassion collective (tiens spectateur, un enfant malade qui rit : pleure et rit avec lui), difficile de trouver un représentant du genre s'aventurant à traiter son sujet autrement que sous l'angle des poussées lacrymales putassière autour desquelles le public s'empresse de communier.

Parce que le cinéma espagnol nous a habitué à traquer une exigence artistique presque sans équivoque actuellement dans chacun des domaines que ses têtes de gondoles ont pris l'habitude de transcender, on ne s'attendait forcément pas à ce que "Ma Ma" s'engouffre sur le glissement de terrain des "Dr Patch" et autres "Maisons sur l'océan" (on ne mentionnera pas "La guerre est déclarée" : restons courtois, même dans la critique). Et pourtant, c'est bien dans ce travers que tombe le nouveau film de Julio Medem, cinéaste arty reconverti en pourvoyeur de soupe tiède à destination de la ménagère et serviteurs servile des mines concernées de son couple vedette.

Difficile de dire si Penelope Cruz, dans un grand numéro d'autopromotion pour les Goyas, a essayé de marcher sur les pas de son Javier Bardem de mari qui, il y a 10 ans mettait tout son talent au service de ce qui est devenu le Citizen Kane du genre, à savoir le "Mar Adentro" d'Alejandro Aménabar. Reste que son numéro de mère courage qui-garde-le -sourire-malgré-les-épreuves-parce que-la-vie-est-plus-forte-que-le-reste ne risque pas d'imprimer les glandes lacrymales du public comme a pu le faire son cher et tendre, tant le positivisme forcené du personnage semble n'avoir d'autre finalités que de servir de marchepied à sa star.

L'excellent Lluis Tosar attend ainsi que sa femme passe l'arme à gauche pour tomber immédiatement dans les bras de la madone, le médecin compatissant tombe amoureux du courage de sa patiente et le mari volage s'incline devant la miséricorde de son ex-femme. Sans oublier son fils qui doit réaliser toutes les cinq minutes à quel point sa mère est formidable. N'en jetez plus, la sanctification est à portée de mains.

A ce niveau de démonstration de force purement arbitraire, on en vient rapidement à se demander si les afféteries stylistiques pouêt-pouêt du réalisateur ne viennent pas suggérer un dérèglement de la réalité de l'héroïne, qui naviguerait entre fantasme et réel âpre au gré de son traitement. Que nenni, le récit dissipe bien vite toutes ambiguïtés à ce sujet, les expérimentations visuelles de Medem (assez moches qui plus est) ne sont là que pour servir de caution artistique à un film qui ne recule devant rien pour racoler l'adhésion du public. Y compris tapisser la crise économique en toile de fond, histoire de suggérer (mais avec insistance hein) qu'à l'instar du peuple ibérique l'héroïne garde la tête haute, même quand c'est dur et pas facile et qu'il faut s'accrocher pour conserver le sourire. Vous l'aurez compris, rien ne manque au tableau de ce grand moment de catharsis sous cellophane qui catalyse à lui-seul tous les travers d'un genre qui vient de trouver un nouveau mètre-étalon à sa médiocrité compulsive. 
Auteur :Guillaume Meral
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