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Ma vie avec John F. Donovan : une ode à l’affirmation de soi

Critique du film Ma vie avec John F. Donovan

par Sarah Ugolini


"C'est le film que j'aurais aimé partagé avec l'enfant que j'ai été". Ce sont les mots de Xavier Dolan lors de l'avant-première française de son dernier film : "Ma vie avec John F. Donovan".

Il s'agit probablement de son œuvre la plus personnelle puisque le jeune réalisateur québécois s'y raconte sans détour en réalisant un véritable retour aux sources, de son enfance solitaire et incomprise, à son succès aussi fulgurant que précoce.

Dans ce film introspectif, Xavier Dolan revisite une nouvelle fois ses obsessions avec talent : la complexité des relations mère-fils, les amours impossibles et la difficulté d'assumer son homosexualité, mais aborde aussi la standardisation du monde du star-system.

Dans cette œuvre au scénario original, Dolan raconte comment un jeune acteur se remémore la correspondance improbable qu'il a entretenu enfant avec une célébrité, disparue tragiquement dix ans plus tôt. À l'aide d'une série d'allers-retours savamment orchestrée, il fait transparaître l'impact que ces lettres ont eu sur leurs vies respectives.

Pour son premier tournage en anglais, le jeune réalisateur s'offre une distribution de luxe. Pour incarner la star montante de la télé américaine rongée par les doutes, on retrouve Kit Harington en John F. Donovan. Le célèbre Jon Snow nous fait l'honneur de quitter les guerres de trônes pour jouer ce célèbre acteur de sitcom en pleine crise d'identité.

Dans le rôle de Rupert Turner, un garçon de dix ans solitaire en admiration éperdue de son idole et de ce monde de strass et paillettes fantasmé, Jacob Tremblay, révélé dans Room, livre une interprétation bouleversante d'intensité et de vérité.

Un personnage directement inspiré de l'enfant qu'était Xavier Dolan. Il avait lui-même écrit un courrier à l'âge de 8 ans à Leonardo DiCaprio pour lui faire part de son admiration et de son désir profond de devenir comédien. Il se reconnaît dans ce jeune garçon incompris et différent qui fuit la médiocrité de son existence en vouant une obsession à un acteur de série.

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Une adulation qui représente alors son seul moyen d'évasion d'un quotidien compliqué fait de brimades de camarades et de frustrations. Xavier Dolan revisite ici une période de sa vie pour essayer de faire la lumière sur la manière dont l'enfant qu'on a été construit l'homme que l'on devient.

Dans un enchevêtrement de récits parallèles qui n'entrent jamais en contact, le jeune prodige québécois réussit à apporter au spectateur une cohérence entre une multitude de personnages, tous issus d'une même histoire. La question récurrente qui ressort de ces schémas de vie si distincts : comment parvenir à être soi-même dans un monde de faux-semblants ?

De ces personnages, on tire une même leçon : assumer ce que l'on est est la seule manière d'échapper à la conformité. Xavier Dolan dresse un constat acerbe sur le manque d'aspérités et de place à la différence qu'il existe dans le show business.

À noter la place essentielle des femmes, et plus précisément des mères. Natalie Portman et Susan Sarandon s'illustrent en tant que mères désabusées, remplies d'amour pour leur fils, mais incapables de les comprendre. Les scènes intimistes mettant en exergue leurs réconciliations traduisent la force des relations qui unissent ces duos aux rapports conflictuels et subliment l'amour maternel inconditionnel.

Si certains de ses détracteurs pourront reprocher à Xavier Dolan de se répéter en abordant ses thématiques de prédilection et en livrant une nouvelle fois une œuvre grandement autobiographique, je leur répondrai qu'il met tant de finesse et de vérité dans ses personnages, dans lesquels ils se projettent, que le spectateur peut s'identifier en chacun d'entre eux sans y voir une œuvre égocentrique ou nombriliste.

La mise en abyme de ce récit épistolaire original tend à porter des messages universels et optimistes : oser être soi-même et ne jamais cesser de croire en ses rêves face à la dureté d'un monde uniformisé.

Comme le disait Jean Cocteau, "Ce que l'on te reproche, cultive-le, c'est toi".

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