25 juillet 2021
Critiques

Mademoiselle : Eros contre Thanatos

Il faut absolument aller voir "Mademoiselle", le dernier film du réalisateur sud-coréen Park Chan Wook ("Old Boy", "Stoker", etc.), véritable travaille d'orfèvre, que ce soit du point de vue des décors, de l'intrigue ou encore de la musique. Les paysages et les costumes somptueux subliment la tragédie qui se nouent sous nos yeux. Une tragédie qui finit bien, car "Mademoiselle" est un film du paradoxe, du double-jeu et de la vérité qui est cachée mais toute proche. Il suffit pour la découvrir, de faire coulisser un panneau japonais, d'ouvrir une boîte à chapeaux, de soulever une dalle dans la salle de lecture. En effet, le château mi-japonais, mi-britannique, du vieux Kouzuki, un coréen qui ferait tout pour ne pas l'être, recèle autant de merveilles que d'horreurs. "Mademoiselle", fait preuve de génie dans sa narration et sa mise en scène, où se mêlent thriller psychologique et véritable histoire d'amour, où la torture et la perversion côtoient la pureté des sentiments et le désir de liberté.

Les personnages de "Mademoiselle" nous captivent et sont plein de secrets qu'il nous tarde de découvrir. En particulier, la relation entre la noble japonaise Hideko, prisonnière de son oncle et sa servante coréenne Sook-Hee, entrée à son service pour l'escroquer. Mais les dupes ne sont jamais ceux que l'on croit et le réalisateur joue avec ce qu'il choisit de nous cacher, pour mieux le dévoiler plus tard. Esthétiquement, le film est une merveille et la musique du compositeur Jo Yeong Wook sait accompagner les moments de grâce comme les plus horribles. A noter, des scènes de sexe, de lecture de littérature pornographique, de violence, qui explicitent les relations entre les personnages, leurs jeux de pouvoir. Ces scènes permettent à la vérité d'éclater au grand jour, car c'est bien l'enjeu de ce film où chacun “joue son rôle à la perfection”, selon les propres mots de Sook-Hee.

"Mademoiselle" oppose des hommes impuissants et cruels, le vieux Kouzuki et le faux Comte, à deux femmes extrêmement intelligentes et qui n'ont envie que de liberté, l'énigmatique Mademoiselle Hideko et l'insoumise Sook-Hee. Cette opposition est au coeur de deux visions de la sexualité, une qui idéalise la mort quand l'autre est une renaissance. Comme il le fait avec ses personnages, le film "Mademoiselle" nous prend constamment à revers et chaque fois que nous pensons avoir tout compris, nous n'avons servi d'autre dessein que celui de Park Chan Wook, dont nous devenons les pantins. Ainsi, je n'aurais d'autre conseil que de vous laisser emporter par l'ensorcelant "Mademoiselle", où la réappropriation et la découverte de soi affrontent la possession morbide des êtres.

Auteure :Yvanna TrambouzeTous nos contenus sur "Mademoiselle" Toutes les critiques de "Yvanna Trambouze"

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