Critiques

Maestro : Vive la jeunesse !

Rares sont les occasions de s'émouvoir en période estivale, au cinéma du moins. Nous ne bouderons donc pas le plaisir que peut procurer ce «petit » film qu'est "Maestro" (distribué par Rezo Films). L'argument est connu : l'acteur Jocelyn Quivrin a joué dans le film d'Eric Rohmer : "Les amours d'Astrée et de Celadon". Après une certaine surprise amusée voire moqueuse face aux méthodes de travail quelque-peu vieux-jeu d'Eric Rohmer, le jeune comédien apprit beaucoup du réalisateur et fut finalement très ému par le film projeté à Venise. De cette émotion et cette rencontre, il écrivit un scénario qu'il ne tourna jamais ; il trouva la mort dans un accident de voiture le 15 novembre 2009. Léa Fazer, sa co-scénariste, vient de le réaliser et le résultat est admirable.

Pio Marmaï (parfait dans le registre de la comédie) est Henri,  jeune acteur galérien dont les références sont plutôt "Jumanji" et "Fast & Furious" que "La Collectionneuse", rencontre le metteur en scène passionné de théâtre et de théatralité, Cedric Rovère (si-si) interprété par le sage Michael Lonsdale. Le second embauche le premier (suite à une scène très drôle de choc des générations) pour son prochain film.

Ce qui frappe d'abord est le réalisme de la description du tournage (aussi bien dans les bons que dans les mauvais moments) mais ce qui pourrait paraître anodin est souvent détourné soit en gag (la machine à café qui ne sert pas de café, la costumière qui pète un câble, car c'est aussi la scripte et qu'elle ne peut pas tout faire…) soit en ressort dramatique (plus que 23 mètres de pellicule pour tourner le dernier plan… suspense…; tenter de dresser un chien pour réussir une scène mais surtout pour se rapprocher de sa cible amoureuse).

"Maestro" célèbre aussi le tournage comme colonie temporaire hors-monde, troupe soudée autour d'un même objectif, rappelle que le cinéma est un art du collectif même si celui-ci est réduit à son minimum. Cette dimension saute aux yeux surtout après le tournage, le retour à la réalité est sans saveur (se faire des pâtes, jouer à la console deviennent des activités machinales, ce n'est plus, comme avant, un rite de fraternité co-locative).

Il faut l'avouer : le corpus du film souffre d'une petite faiblesse : se joue quelque-part, sans révéler l'histoire, une idée de trio rohmérien (deux personnages amoureux d'une même personne). Cette idée est assez mal gérée, car elle prend non seulement des chemins alambiqués mais elle les prend assez tard dans la narration, comme une soudaine peur du vide, d'un film pas assez rempli au dernier moment. Pourtant, la dimension principale qui chapeaute le tout se suffit à elle–même : la lente infusion de la sagesse, l'apprentissage du recul, du temps à vivre et pas à essayer de vivre. Infusion qui se fait sans violence, naturellement. L'intelligence du film est de ne pas opposer l'un (le vieux réalisateur) et l'autre (l'éternel adolescent) mais de faire infuser l'un dans l'autre. Enfin, "Maestro", contrairement à beaucoup d'oeuvres qui se lamentent sur notre enfance perdue, est un de ces films assez rares, qui nous intime de grandir…

Même s'il ne rend pas exactement hommage à Eric Rohmer (les dialogues ne sont pas aussi gracieux que "Conte d'été", le découpage est plus fonctionnel que celui de "Ma nuit chez Maud"), il s'aventure sur un terrain délicieux, cher au défunt réalisateur : la célébration de la jeunesse, dans toutes ses composantes : la profondeur du sentiment amoureux, le marivaudage sensuel et même l'incroyable constance dans la régressivité masculine.

Auteur :Frédéric Hauss
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