Critiques

Mais vous êtes fous : Un drame familial sur le couple face à l’addiction

Critique du film Mais vous êtes fous

par Sarah Ugolini


"Mais vous êtes fous" est un film sur le couple et la confiance. C'est ce que souhaitait réaliser Audrey Diwan.

Avec un sujet aussi lourd et complexe que l'addiction dans la famille, "Mais vous êtes fous"  aurait pu prendre de multiples formes. Parcours judiciaire, douloureux chemin médical du sevrage, les choix étaient multiples mais la réalisatrice a décidé de centrer son travail sur l'impact de la dépendance à la drogue dans un couple.

Dans ce drame familial et sentimental, on assiste presque à une sorte de triangulaire amoureuse dans laquelle la drogue joue le rôle de maîtresse d'un homme qui se bat pour cacher ce vice qui le ronge de façon insidieuse.

Pour incarner ce père de famille qui sombre peu à peu dans la spirale de l'addiction, Pio Marmaï se révèle magistral en dentiste bien sous tout rapport qui voit brusquement sa vie basculer.

Alors que les films références sur la dépendance, tels que "Trainspotting" ou "Panique à Needle Park", tendaient à ériger le couple comme échappatoire à la drogue, Audrey Diwan fait le choix inverse. Elle démontre comment la découverte de l'addiction, le mensonge et la suspicion peuvent peu à peu détruire la confiance dans un couple de trentenaires dont l'amour semblait inébranlable.

"Mais vous êtes fous"  raconte l'histoire vraie d'un homme dépendant depuis plusieurs années à la cocaïne qui voit son monde s'écrouler quand sa fille est prise de violentes convulsions et hospitalisée. Le début de la fin pour Roman, qui apprend alors que son enfant a été contaminé par la drogue qu'il consommait par sa faute.

Les déboires judiciaires et l'enquête policière les amènent à se voir très rapidement enlever de manière provisoire la garde de leur deux filles. Camille découvre à cet instant que le père de ses enfants et l'homme qu'elle aime lui ment depuis toujours.

Un drame qui la laisse seule face à un monde d'incompréhensions. Céline Sallette incarne avec justesse les tiraillements intérieurs de cette femme partagée entre amour pour son mari et colère après une telle trahison.

"Mais vous êtes fous"  est astucieux en ce qu'il travaille énormément sur le hors-champ. Dès la scène d'ouverture, la drogue est visible, sans qu'on ne voit jamais un réel usage de la cocaïne par le personnage principal.

Acouphènes, flashs lumineux pour illustrer le manque, musique saccadée entêtante, tout est suggéré pour matérialiser la dépendance sans jamais montrer l'acte en lui-même.

Une des scènes illustrant l'état survolté de cet homme sous l'emprise de la cocaïne a lieu en boîte de nuit. On le voit reprendre avec une euphorie totale le titre "Mais vous êtes fous"  de Benny B, qui donne son nom au film.

La folie attachante de Roman qui a séduit sa femme n'est-elle alors que l'effet secondaire de son addiction ? C'est la question que se posent tant le spectateur, que sa compagne Camille.

Le combat de ce père, que l'on tend peu à peu à comprendre, vise plus à montrer la solitude et la culpabilité qui ronge un homme qui se bat pour retrouver l'estime et la confiance de sa femme, que la difficulté de son sevrage.

On se prend vite d'affection pour ce papa perdu et plein d'amour pour sa famille, à qui on aimerait donner une seconde chance.

Un drame familial inspiré d'une histoire vraie qui avait longtemps hanté la réalisatrice. Audrey Diwan restera marquée par le récit d'une femme qui a vu en un instant toute sa vie basculer d'un bonheur familial sans nuages à l'explosion totale de son couple et de sa vie toute entière. Une lecture originale d'une des multiples facettes du prisme de l'addiction.

La seule question qui ressort de ce film interprété avec beaucoup de justesse et de sobriété : l'amour a-t-il encore une chance quand la confiance est brisée ? C'est une question qui reste ouverte à la fin de ce drame familial et chaque spectateur pourra avoir son interprétation sur l'avenir de ce couple.

L'ellipse finale opérée par la réalisatrice est aussi frustrante que réaliste, tant le flou règne tout au long de leur parcours semé d'embûches sur la possible résilience de ce couple gangrené par la défiance et le doute.

Auteure : Sarah Ugolini

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