10 juillet 2020
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Mammuth : Chouette chemin de traverse

Après "Louise-Michel", petit bijou anar, les citoyens grolandais Kervern et Delépine reprennent la route avec "Mammuth".

Comme d'hab avec eux, il faut s'attendre à prendre les chemins de traverse plutôt que les autoroutes du progrès. Et il faut s'attendre aussi à le faire en compagnie des laisser-pour-compte de la modernité plutôt qu'avec qu'avec les champions de la mondialisation.

"Mammuth", donc, c'est Serge Pilardosse. Un ouvrier spécialisé dans à peu près tout, qui a derrière lui une longue carrière de petits boulots déclassés. Un peu buté, un peu brute, mais bon bougre. L'âge de la retraite arrivé, il lui manque quelques « papelards » pour avoir droit à son « taux plein ».

"Mammuth", c'est aussi le nom de la moto vintage qu'il est obligé de sortir de son garage pour aller à la pêche aux papelards en question, avec la bénédiction de sa femme Catherine.

Commence alors un road-movie assez pépère sur les routes de province, sur les traces d'une petite vie pas particulièrement reluisante. Une « Odyssée du prolo », en quelque sorte, qui s'est égaré loin de lui-même par des années de galère.

L'esthétique un peu crade, les couleurs délavées, sont à l'image de cette vie au black dont tout lui rappelle qu'elle a bien peu de « valeur » aux yeux de la société.

En réponse aux agressions du réel, Gérard Depardieu offre à Serge Pilardos un atout de poids : son corps. Un corps un peu monstrueux, en toute liberté et cheveux au vent, qu'on n'avait jamais vu filmé de façon aussi crue.

Il occupe l'écran de sa présence envahissante, aussi à l'aise avec les stars venus pour des petits rôles (Isabelle Adjani, Benoît Poelevoorde, Anna Mouglalis) qu'avec les amateurs pas toujours anonymes (le chanteur Dick Annegarn, les dessinateurs Siné et Blutch...).

Ce corps de Bouddha avachi qui finit par se métamorphoser en gourou serein, par les vertus de l'art brut et du retour à la maison, est sans doute le vrai sujet et la vraie raison d'être du film.

Un récit de dés-apprentissage, de dé-formatage à usage de ceux qui ne rentrent plus dans aucune case. Alors, certes, l'ensemble est sans doute moins emballant que "Louise-Michel". Les petits sketchs qui font la structure du film sont plus ou moins réussis, mais certains sont d'une drôlerie irrésistible.

Et rien que pour voir le vieux Gégé et Yolande Moreau, en poids lourds au mieux de leur forme, on n'est pas déçus du voyage.

Auteure :Isabelle Tellier
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