24 janvier 2022
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Marie-Jo et ses deux amours : Critique

"Marie-Jo et ses deux amours" de Robert Guédiguian ne traite pas de l'infidélité. Il ne veut pas nous raconter l'histoire d'une femme qui papillonne, cherchant à se rassurer sur sa capacité à changer de vie ou à tester son pouvoir de séduction. Marie-Jo ne remet pas en cause son mariage avec Daniel (Jean Pierre Darroussin), il n'est pas question d'enlever l'amour qu'elle lui porte pour le donner à un autre. Simplement, elle ne peut plus lui appartenir entièrement. Parce qu'elle aime Marco (Gérard Meylan) et leur relation est autre chose qu'une simple aventure.

"Marie-Jo et ses deux amours" nous parle du partage. Marie-Jo voudrait partager son bonheur avec ceux qu'elle aime. Elle voudrait tout dire à Daniel, lui dire qu'elle aime un autre, qu'elle est heureuse, mais que cela ne change rien à ce qu'elle éprouve pour lui. Dans une séquence, elle lui fait cette confidence alors qu'il est endormi. Plus tard, elle rêve… réunir tous ceux qu'elle aime… Elle prépare alors une rencontre inopinée entre sa famille et Marco. Elle aimerait se laisser bercer par l'illusion que tout cela est possible, qu'elle peut rassembler ses amours. Mais les chemins se séparent forcément, à nouveau, elle est écartelée. Elle vit avec Daniel et voudrait aussi partager la vie de Marco, s'installer chez lui, mieux le découvrir, lui apporter ce bonheur qu'il attend si patiemment.

C'est l'amour qui dirige les pas de cette femme. Ce sentiment qui irradie celui qui le donne et celui qui le reçoit. Mais cette force, c'est aussi la souffrance. Seule, Marie-Jo est assaillie par les doutes, les peurs. Elle le dit dans "Marie-Jo et ses deux amours" : on a le cœur plein d'un amour mais quand on aime deux êtres, il se vide. Aussi, cette femme, qui s'attache tant à être sincère, respectueuse d'elle-même et des autres, est obligée de mentir, de se cacher, comme si ce qu'elle portait en elle était quelque chose de mauvais, de sale. Et c'est ce que lui renvoie sa fille, quand celle ci apprend que sa mère aime un autre, elle la juge, impitoyable, ne parvient pas à la comprendre.

Le personnage de Julie (Julie Marie Parmentier) est très virulent : elle veut tellement croire en l'amour de ses parents, elle ne peut pas accepter que son modèle se désagrège sous ses yeux. Désarmée, elle crache sa colère. A travers elle, le réalisateur exprime la complexité des rapports humains : entre une fille qui rejette l'image que lui renvoie sa mère, dans un couple qui s'aime mais qui souffre parce qu'il ne parvient pas à intégrer l'Autre. Marie Jo ne peut pas renoncer à son amour pour Daniel ou pour Marco, elle ne peut y parvenir puisqu'ils font tous les deux partis d'elle. En même temps, la réalité est là, la poussant à faire un choix : vivre avec Marco et renoncer à l'amour de Daniel, quitter Marco et ne pas pouvoir vivre sans lui. Il n'y a pas d'issue. La fin du film ne cherche d'ailleurs pas à nous en livrer, ce qui se passe n'est que la suite logique de ce que le film nous à donner à voir : Marie Jo aime absolument.

Robert Guédiguian ne met pas l'accent sur la psychologie des personnages en décortiquant leurs pensées dans "Marie-Jo et ses deux amours", il nous livre plutôt leurs ressentis, leurs réactions, des situations de vie. Il traite son sujet tout en finesse. Quand il montre l'amour, celui ci se pare de ce qu'il a de plus touchant: la simplicité et la fraîcheur. Les scènes d'amour sont magnifiques : la tendresse et la complicité sont palpables, les corps sont beaux, les sourires sincères. On se sent si proche des protagonistes, le spectateur se laisse imprégner par cette chaleur.

Le portrait de femme est magnifique et on admire ces hommes qui savent la respecter. Daniel n'écrase pas sa femme de culpabilité. Il ne cherche pas à la juger, à la blesser par jalousie. Il tente de la comprendre. Et s'il n'y parvient pas, ça n'est pas par manque d'amour. Besoin d'exclusivité, peur d'être abandonné… Comment accepter de partager celle qu'on adore et qui nous comble ? Marco s'illustre également par sa tolérance. Il ne presse pas Marie-Jo de choisir, ne cherche pas à l'éloigner de ceux qu'elle aime. Il la veut telle qu'elle est mais il la voudrait juste un peu plus auprès de lui…

L'amour est une force et chaque personnage du film en est l'incarnation. C'est difficile de voir que cette force, transcendante, peut aussi procurer de la souffrance. "Marie-Jo et ses deux amours" de Robert Guédiguian est remarquable parce qu'il sait nous montrer toute la beauté et la complexité de ce sentiment, sans le cantonner dans des carcans moraux. Les questions qu'il pose ne doivent pas être occultées. L'amour est là, et toujours, chez ce réalisateur qui sait être si proche de la réalité, ce qu'on voit peut nous renvoyer à nous même, nous donner envie d'aimer mieux et encore. Toujours plus.

Auteure :Carole Bernard Tous nos contenus sur "Marie-Jo et ses deux amours" Toutes les critiques de "Carole Bernard"

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