20 juillet 2019
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Master & Commander : de l’autre côté du monde

Cet été, Pirates Des Caraïbes avait remis au goût du jour (et contre toute attente) le film « d'hommes de mer », cinéma d'aventure par excellence où les figures de Long John Silver et de Barbe Rousse ne rodent jamais bien loin.

Mais alors que le film de Gore Verbinski narrait les conquêtes d'arrogants flibustiers qui se muaient en morts-vivants les soirs de pleine lune -et de fait tenait plus de la fantasmagorie flamboyante que de L'Ile Au Trésor-, Master And Commander est beaucoup plus fidèle au genre en situant l'Odyssée du Surprise dans une réalité historique nécessaire (les guerres napoléoniennes) tout en étant réduite à l'essentiel : les vaillants sujets de l'Empire Britannique doivent traquer les français belliqueux, c'est indispensable pour ancrer la fiction dans le vraisemblable et c'est suffisant pour permettre à l'aventure de régner. 

Ici, point de pirates, nous sommes entre gens civilisés et de bonne tenue. N'empêche qu'on se fait la guerre à coups de boulets de canons assassins et de sabordages sournois. « La meilleure défense, c'est l'attaque », voilà au moins un précepte napoléonien que le capitaine britannique Jack Aubrey aura fait sien.

Constatant la supériorité évidente du vaisseau ennemi, il met un point d'honneur à le traquer, se mettant ainsi une partie de son équipage à dos. Le zèle qu'il déploie pour satisfaire ses devoirs militaires se heurte notamment au pragmatisme de son ami de toujours, le docteur Maturin.

En bon cinéphile qu'il est Peter Weir ne cherche pas à détourner les codes du film d'aventure marin au risque de noyer la galère, au contraire, il les prend tous à son compte comme l'a fait Jan De Bont avec le film de prison pour Les Evadés : chaque thème récurent est employé à bon escient.

Conflits de personnalités, mutineries, superstitions obscurantistes contre la science de la guerre, des brumes de l'hémisphère Nord au mers du Sud… tout y passe pour le plus grand bonheur des aventuriers des salles obscures, et même le vaisseau fantôme : le vaisseau français n'est qu'entre aperçu, silhouette fugace qui s'échappe entre deux rideaux de brumes. Comme l'était le chant des sirènes à Ulysse, il est l'objet de l'obsession de Jack Aubrey.

Seule ombre au tableau : aucune présence féminine -si ce n'est ces tahitiennes qui, elles aussi, resteront à l'état de silhouettes. Des hommes soumis à la promiscuité dans les cales d'un navires voguant sur les flots… que les esprits mal tournés ne cherchent pas d'œillades contre nature dans les rapports entre le capitaine et ses matelots, ce sont des anglais certes mais surtout des militaires soumis à une hiérarchie solide comme un roc. L'atmosphère est donc virile et sans équivoque, à tel point qu'un personnage féminin aurait sans doute ralenti l'intrigue. 

Quant au massif Russell Crowe, s'il n'est pas un acteur qui brille à chacune de ses apparitions, quand un grand réalisateur lui offre un rôle en fonction de ses moyens, il fait bien plus que bonne figure (on se souvient de ce qu'en a fait Michael Mann dans Révélations) : catogan au vent, il mène son équipage avec une autorité naturelle que personne ne lui conteste et une fougue inconsciente qui lui permet de narguer tous les dangers.

Pour finir, on jouit de voir enfin un film d'aventures qui est une épopée sans être ridicule, quel bonheur de s'empiffrer d'un vrai bon film d'action en prises de vue réelles, sans numérique ni effets du même acabit !

Du cinémascope ( la grande voile du cinéma ), de la hargne et du panache. Triple buse ! Voilà qui justifie le cinéma !

Auteur :Pierre Lucas
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