18 octobre 2019
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Master & Commander : de l’autre côté du monde

Peut être avez-vous vu, tout comme moi, le reportage proposé par TF1 (diffusé ce mardi 30 décembre dans le cadre du journal de 20 heures) qui traitait de la sortie de "Master and Commander" sur les écrans français ? Peut être avez-vous lu également, surtout si vous êtes originaire du Nord-Pas-de-Calais, l'article signé Gilles Durand, en date du mercredi 31 décembre, dans la page cinéma de La Voix du Nord, texte peu élogieux à propos du film de Peter Weir, c'est parfaitement le droit de son auteur de ne pas l'aimer, mais s'appuyant sur des arguments plus que contestables.

Dans les deux cas, on veut faire de "Master and Commander" un film de propagande anti-française au prétexte, et c'est avéré, que les scénaristes ont modifié le contenu du roman de Patrick O'Brian, roman dans lequel le Capitaine Jack Aubrey, commandant un navire britannique, s'attaquait à un navire américain et non français. Toutefois, cette interprétation apparaît sujette à discussion et, pour le premier cité, le journaliste de TF1 aurait dû faire preuve de la plus élémentaire des prudences.

En effet, le tournage du film de Peter Weir a commencé bien avant 2003, début 2002 pour être précis, et donc bien avant la crise diplomatique qui a secoué les relations franco-américaines lors de l'intervention en Irak. Aussi, analyser un événement en le détachant de son contexte historique ne relève-t-il pas de l'imprudence voire de la désinformation ? Je vous laisse le soin d'y réfléchir...

Ensuite, si nous sommes d'accord pour accepter qu'un film produit à Hollywood ne soit pas "un aimable divertissement dénué de tout intérêt politique" pour reprendre les propos de Gilles Durand dans son article daté du mercredi 31 décembre, encore faut-il réserver cela aux productions qui le méritent, par exemple "Pearl Harbor" du calamiteux Michael Bay.

En effet, oser dire que, dans "Master and Commander", les français représentent "l'Axe du mal, insaisissable, couard, mal coiffé et les dents en chicots" constitue un abus manifeste et laisse une triste impression d'un manque de rigueur intellectuelle qui n'est pas acceptable de la part d'un journaliste reconnu et respecté et qui écrit dans un journal aussi prestigieux.

A aucun moment, et nous étions plusieurs critiques dans la salle à pouvoir faire un constat identique, les adversaires du Capitaine Aubrey ne sont filmés en gros plan (comment alors apercevoir leurs dentures ? Ou alors, est-ce une expression qui relève de la figure de style ? Si tel est le cas, dans quel but ?) sauf, à la fin du film, quand le Capitaine de l'Acheron rend les armes à Russell Crowe/Aubrey en signe de défaite après l'ultime affrontement (et on découvrira par la suite qu'Aubrey a été berné dans l'histoire...

Curieuse propagande anti-française que de critiquer son adversaire en soulignant son intelligence !). Quant aux seuls plans qui permettent d'identifier les navires, ce sont des plans larges où, effectivement, on aperçoit le drapeau tricolore. Est-ce pour autant suffisant pour taxer l'oeuvre de Peter Weir de propagande anti-française ? Non !

Dans un contexte où domine la paranoïa relayée par l'administration américaine, il serait bon que nos journalistes régionaux et nationaux sachent raison garder et ne se laissent pas aller à des relents d'anti-américanisme malvenus.

Auteur :Christophe Dordain
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