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Matrix Reloaded : Bug sur la Matrice

La vision de "Matrix Reloaded", deuxième épisode de la trilogie futuriste des frères Wachowski, est une expérience hallucinatoire à défaut d'être une illumination qui nous révélerait l'aube nouvelle du 7ème Art.

Une fois passé le déluge médiatique qui a inondé le moindre citoyen soumis au régime de la douche écossaise, que reste-t-il du film ? Un choc visuel et virtuel d'une inquiétante efficacité où il importe de chercher la lumière pour ne pas se laisser aveugler. 

"Comprendre le pourquoi, voilà la source du pouvoir"

Voilà ce que confie Mérovingien (savoureux Lambert Wilson) à Neo (ténébreux Keanu Reeves) lors de l'unique scène du film où les dialogues font jeu égal avec les images.

Si le spectateur est pris de vertige au regard de cette histoire ésotérique, menacé parfois par la surchauffe neuronale, il aurait tort de renoncer à toute volonté de pénétrer ses arcanes car, comme le soutient l'agent Smith, souvent "les apparences sont trompeuses".

En effet, les chemins sinueux qui conduisent à la révélation finale (ce sera pour le troisième volet en novembre prochain) ne sont que des chausse-trapes tortueuses afin de dissimuler le vide abyssal d'un scénario tout entier dévoué à une course folle à l'armement, en l'occurrence les effets spéciaux.

Comme l'avoue lui-même Mérovingien : "c'est juste un jeu" et le film ne se prive pas de noyer son récit opaque derrière un écran de fumée et sous un déluge de feu (leurres, faux-semblants et trompe-l'oeil en tous genres).

D'ailleurs, le générique fait défiler des codes informatiques comme s'il voulait nous faire croire que le film est crypté, uniquement destiné aux élus inféodés à sa volonté. Cependant, une fois que vous avez décodé le logiciel qui gouverne le récit, il ne reste que le néant. Le vide sidéral sous la forme d'une suite de nombres dépourvus de tout sens. Car, c'est bien connu, les chiffres ne mentent pas même si ici on peut leur faire dire tout et son contraire !


Vices et vertus du simulacre 


Qu'est ce donc que ce "Matrix Reloaded" sinon la copie améliorée du premier jeu (film prétendent certains) lesté de somptueux programmes périphériques comme cette séquence d'anthologie de l'autoroute, à classer d'ores et déjà dans le panthéon du genre (où John Gaeta, responsable des effets visuels, nous en met littéralement plein la vue) comme l'aboutissement parfait, sur écran géant et en son digital, d'un quelconque jeu de poursuite automobile.

Car "Matrix Reloaded" est moins un film que le jeu ultime, englobant tous les genres (action, initiation, réflexion, stratégie...) et invitant le spectateur à prolonger son addiction avec le jeu (officiel et non pas officieux comme celui qui nous occupe) commercialisé le même jour, où chacun pourra découvrir d'autres scènes et s'immerger corps et âme dans l'univers de la Matrice.


Belle mais vide duplication

D'ailleurs le plus bel exemple de la volonté affichée des frères Wachowski de dupliquer ce qui a fait le succès du "Matrix" inaugural réside dans la scène où Neo affronte une ribambelle de clones de l'agent Smith (250 selon la police) dans un étourdissant numéro de kung fu virtuel. Nonobstant sa dimension spectaculaire et le nombre impressionnant d'adversaires de l'élu de Zion, la scène secrète un air de déjà-vu.

Et tout est à l'avenant, singulièrement dépourvu d'imagination, où il s'agit de faire illusion entre chaque morceau de bravoure. Voir ainsi la scène grotesque de la rave agitant la cité souterraine où la transe collective (métaphore de l'attente des fans ?) filmée au ralenti semble tout droit sortie d'un clip débité au kilomètre sur MTV.

Ou encore la réfrigérante étreinte amoureuse entre Neo et Trinity (Carrie-Anne Moss au jeu bridé), totalement dépourvue de chair et de sensualité, où les frères Wachowski montrent malgré eux qu'ils préfèrent filmer des machines que des corps.

A force de laisser contaminer la réalité du film par les images virtuelles puis de confondre trip visuel avec création cinématographique, les frères Wachowski accouchent d'un film factice, simulacre parfait, qui ne donne nullement à réfléchir sur le pouvoir et les mirages de l'image mais succombe à son totalitarisme.

Comme s'il nous intimait un commandement absolu (il faut le voir pour le croire) en excommuniant les incrédules et les sceptiques. Hors le culte de la Matrice et de ses représentations, point de salut ! Toutefois, que le doute soit permis. 

Auteur :Patrice Ras

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