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Matrix Reloaded : Le chargeur est vide

Bon nombre de spectateurs étaient stupéfaits, voire subjugués, à la vision du premier opus de "Matrix". Nous avions allègrement sauté au plafond quand nous avions appris la bonne nouvelle : une trilogie. Mais était-ce vraiment une bonne idée? Car en voyant le résultat à l'arrivée, on découvre un épisode charnière en piteux état.

Laissez-moi vous "mettre à jour", comme dit Néo. "Matrix", premier du nom, était noir, sombre, angoissant et avait tout d'un grand film, du même rang que le très bon "Dark City" et juste en-dessous du mythique "Blade Runner".

Le spectacle plaisait à tout le monde : conjugué à la première personne, un héros des temps modernes (non, ça n'est pas K-2000 pour autant) que l'on prenait plaisir à voir évoluer dans sa quête de vérité. "Matrix Reloaded" ou "la recharge" si on traduit, est assez faible au niveau Duracell. Le film s'apparente à une grosse boîte de chocolats, où on trouve, pèle-mêle, des références à Star Trek, Star Wars, les jeux-vidéos, la mo de punk, donc les ray-bans...

Par exemple, dans la mythique ville de Zion (encore une superbe référence à Bob Marley), un conseil est tenu. Curieusement, la chef du conseil est une jeune femme, avec des tresses et... Tiens, me dis-je soudain, mais c'est la reine Amidala ! Visiblement, l'imagination faisait cruellement défaut aux costumiers, qui ont d'ailleurs décidé de mettre des hauts cols pour tout le monde.

"Matrix Reloaded" est aussi et avant tout universel : il fallait donc une séquence de discothèque, comme pour le premier, parce que les jeunes s'identifient au monde de la discothèque - si, si je vous assure. Tiens, d'ailleurs, parlons-en de la discothèque : que vient faire dans le film cette love-parade où, pendant dix bonne minutes, après que Morpheus se soit baladé à moitié nu devant nos yeux, les corps dégoulinent de sueur, se frottant les uns contre les autres ? Veut-on concurrencer les mauvais clips de Coca-Cola ? Clipesque et ridicule, le début du film est affolant de nullité.

Cela dit, on passe un bon moment en tant que fan de séquences de combat chorégraphiées par le maître de Hong-Kong : Yuen Wo Ping, même si elles semblent interminables par moment. On se dit alors que le film n'est pas mal...

De plus, Lambert Wilson rajoute sa petite french touch, en confessant à ses hôtes qu'il adore les insultes en français - et il en cite quelques-unes - et le film devient agréablement drôle par moments. Mais alors, que se passe-t-il, bing !! Tout d'un coup, on nous parle de philosophie à deux sous : la causalité et l'effet, nos choix, mais dans ce cas choisissons-nous vraiment (vous êtes dans la matrice : bienvenue dans l'intelligence moderne...). Et ça dure, c'est long, c'est interminable... Le sommet du ridicule est atteint avec l'histoire du "Grand Architecte" (c'est épatant ce qu'on peut faire avec un scénario).

Impossible de se soustraire à la règle, chaque personnage principal passe à la casserole et débite des âneries monumentales tout au long du film, sur la relation de cause à effet et "les choix que nous choisissons de choisir"... .

Un autre aspect du film est la citation. Apparemment, le film, tout comme le premier, serait surgonflé de références en tout genre, et surtout bibliques. Mais à vouloir trop faire, on ne fait rien, et pour cause, dans un film d'action SF comme celui-ci, le spectateur n'a pas vraiment le temps de voir à quoi on fait référence - sauf les noms : Perséphone, Merovingian... Enfin si ça vous dit - à moins de revoir le film encore, et encore.

Plus dur à avaler est l'entourloupe scénaristique finale qui consiste à dire qu'en gros, et sans dévoiler l'intrigue de cet ultime nanard de l'espace, que la quête de Néo est vaine, puisqu'en prenant le contrôle, on revient au point de départ...

Eh oui ! Vous l'avez deviné cher lecteur, c'est à ce moment l'occasion pour les frères Wachowski de débiter encore une fois des salades pseudo-philosophiques au travers des personnages, boudant totalement le plaisir du spectateur.

Bon sang de bonsoir, où est passé l'énergie, l'intensité du premier ? Dans les effets spéciaux ? Ce Neo-ci n'est pas celui du premier, il ressemble dorénavant plus à un Derviche Tourneur (et il tourne, avec un bâton...) à un Superman déguisé en prêtre dépressif, totalement démotivé... comme les scénaristes, peut-être. Où est passé le scénario ? A la poubelle ?

Le constat est peu reluisant, car le film est une surenchère d'effets visuels, certes impressionnants, mais la poudre aux yeux ne suffit pas à faire oublier un néant scénaristique effarant. Pourquoi faire une suite s'il s'agit de brasser du vide...

Avec tout le marketing qu'il y avait à l'appui, on était en droit d'avoir un deuxième épisode époustouflant, qui serait au moins dans la continuité du premier. Eh bien non, ces messieurs d'Hollywood en auront décidé autrement : ce qui fait donc de "Matrix Reloaded" simplement de la bonne série B, généreusement boostée au niveau budget.

Espérons seulement que "Matrix Revolutions" rectifiera le tir...

Auteur :Houmann Reissi

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