15 novembre 2019
Critiques

Matthias et Maxime : Dolanien mais moins

La critique du film Matthias & Maxime

Par Estelle Aubin


Première image : gros plan sur des baskets foulant un infatigable tapis de course. La caméra remonte ensuite et apparaît Maxime, aux muscles et tatouages suants. Il fixe les baies vitrées de la salle de sport, lancé à pleine vitesse vers cette vie qu’il s’est taillée. Il garde le rythme, avance encore un peu, inéluctablement.

Voilà l’introduction de "Matthias & Maxime", huitième et dernière production du réalisateur québécois Xavier Dolan dans lequel il incarne Maxime. Un film sur la possibilité du changement, sur la confusion des sentiments, leurs fulgurances, sur l’amitié, l’amour, l’identité. Beaucoup de thèmes, sûrement un peu trop. Dolan tente un film choral, mais perd l’intensité de ses premières créations, qui se concentraient sur deux ou trois personnages seulement. Il y a toujours la patte de Dolan, mais pas sa puissance.


Un film de potes qui s'achève en comédie romantique
C’est l’histoire d’une amitié de longue date entre Matthias et Maxime, chamboulée un soir par un baiser improvisé pour les besoins d’un court-métrage. Les sentiments se perdent alors, s’éprouvent, finissent en amour, sinon en frustration. Pendant que Matthias s’enfonce dans le déni et la honte, Maxime s’ouvre.

Comme toujours chez Dolan, il y a la complexité d’être soi. Les personnages se cherchent inlassablement. Entre identité de genre et de classe. Avec eux, on se demande s’il n’est pas trop tard pour changer quand on a trente ans et qu’on s’est fourvoyé dans une étiquette. On se dit que l’amitié est plus forte que l’amour, ou qu’elle est une forme d’amour. On s’interroge sur la possibilité de la liberté dans un groupe.

Les questions sont là, à la hauteur du cinéma de Dolan, mais il manque un quelque chose. Trop de personnages, de couleurs, de mondes sociaux différents pour communier avec la bande. De la débauche des fêtes au calme figuratif d’un lac, des cols blancs à la famille kitch, les univers se multiplient, sans nous emporter. La relation délétère entre Maxime et sa mère, jouée de nouveau par Anne Dorval, manque de consistance. En ressort un film décousu, qui brûle moins qu’à l’habitude. L’intrigue amoureuse s’abime dans l’histoire d’amitié. Ou inversement.


Esthétique enivrante
Reste la beauté de certaines scènes. Là, aux quatre coins du salon de la mommy, les bibelots sont entassés, les rideaux bariolés et la lumière dorée. Plus tard, sur fond de musique pop, un ralenti sur un escalateur. Ou, dans une voiture étroite, une reprise déchainée de J’ai cherché d’Amir.

"Matthias & Maxime" célèbre à nouveau l’identité visuelle de Dolan. C’est un expérimentateur. Il use de formes nouvelles, ici l’ellipse, le comique ou l’accéléré et ose même un film moins définitif, avec un happy end. Rien n’est laissé au hasard. Les dialogues, même exaltés, parlent finalement peu. C’est le corps qui fait langage. Regards, traits ridés, tache de naissance, danses. On retrouve ses personnages si stylisés. Dolan sait poser sa caméra sur une émotion, un geste, un de ces riens qui font nos vies. Il filme à hauteur d’épaule l’amitié, souvent dans des scènes plus larges, isolant moins ses personnages par les gros plans.

Nous voici donc au cœur d’une bande de copains en sursis. Les caractères se raffermissent, se taisent, sinon s’attirent. L'intériorité des personnages passe alors au second plan, balayée par l'énergie d’un groupe. Du cinéma qui vaut le détour, mais avec un Dolan un peu en deçà. Le tapis de course déroule, mais le québécois finit par s’essouffler.

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