15 novembre 2019
Critiques

Matthias & Maxime : La beauté de la vie

La critique du film Matthias & Maxime

Par Elisa Drieux-Vadunthun


"Matthias & Maxime". Deux hommes que tout oppose. Deux hommes mis en opposition par leur chemin de vie.

Maxime, fils d’une mère montrant très peu de gratitude à son unique enfant, luttant seul pour faire vivre sa mère et lui tant qu’il peut. Bien qu’elle lui jette au sens propre et figuré des choses, des mots, qu’elle le blesse intérieurement et extérieurement ; il lutte contre une vie qu’il n’a pas forcément choisie. Une vie qui l’a amené à se cacher à ce monde qui le repousse pour son physique atypique. En effet, une tâche de vin marque son visage et l’épuisement de vivre dans des conditions miséreuses. Aussi, un manque évident d’amour le marque-t-il physiquement.

Matthias, lui, a la vie qui lui sourit. Un job à plein temps avec un statut plus que convenable. Une femme qui l’aime plus que tout au monde. Une bande d’amis fêtards dont Maxime fait partie et une famille accueillante, chaleureuse. Mais que lui manque-t-il ? En réalité pas grand-chose. Depuis que Matthias a dû accepter d'honorer le pari qu’il s’est donné avec ses amis (jouer dans le film de leur amie), il ne semble plus savoir ce qu’il veut véritablement dans sa vie.

Mille et une questions se bousculent dans sa tête et du côté de Maxime et on peut en dire de même en tant que spectateur. Par un simple baiser, en un peu moins d’une minute, saisi par cette caméra un peu vintage, dans ce qui s'avère être un film amateur réalisé à la vitesse grand V (qui se veut important, mais qui n’a ni queue ni tête), rien ne pouvait nous laisser imaginer que les deux amis allaient se prendre au sérieux. Un baiser qui les bouleversera à jamais nous dit-on.

Pendant deux heures Xavier Dolan nous transporte, nous tient encore et toujours par les diverses utilisations de sa caméra, du caméscope. Ce dernier, utilisé majoritairement pendant la durée du film, nous rappelle ces moments en famille que nous avons pu passer lors de fêtes, d’adieux, etc. Vous savez cette caméra que vous teniez en main ou alors quand un ami vous filmait sans arrêt, pour immortaliser ce qui seront plus tard des vidéos de souvenirs, pour se rappeler le bon temps, cet instant où tout le monde était réuni...

Un format proposant des plans serrés sur le visage des personnages, où nous spectateurs nous demandons, à cet instant même, ce que nous faisons à regarder ces familles qui s’embrassent, se jettent dessus, s’aiment, s’insultent, se disent cœur à cœur une dernière fois peut-être un « je t’aime ». Nous entrons, sans même le vouloir véritablement, dans ce qui est leur intimité.

Des portraits, des gros plans alternent à travers un éclairage et un filtre qui rappellent par moment les années 1980. Un Dolan nostalgique ? Certainement. Toutefois, ce format, me direz-vous, n’est pas sans surprise surtout quand on se penche sur sa carrière cinématographique, où il reprend cette gestion de la caméra dans ses derniers films tel "Mommy" (2014).

Un format et des plans qui peuvent déranger certains spectateurs quand nous nous trouvons dans une société où le cinéma propose un film occupant à présent tout l’écran. Des plans harmonieux jouant sur les couleurs qui traduisent l’état d’esprit dans lequel s’inscrivent les personnages. Cela va sans dire que, quand nous voyons évoluer la relation entre "Matthias & Maxime", ils ne sont que simplement que deux hommes aux sentiments enfouis qu’ils semblaient cacher depuis peut-être bien longtemps.

Avec un cinéma représentant des personnes appartenant ou non à la communauté LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres), nous pouvons appréhender d’aller visionner les films pouvant développer une histoire sérieuse, une histoire de personnes qui se découvrent au cours d’une soirée, lors d’une balade dans un parc. Nous avons peur que le stéréotype de l'homosexuel ressorte de façon exagérée et ne se conforme pas à la réalité. Chacun possède ses traits de caractère, son envie certaine ou non de se montrer en société, de s’embrasser langoureusement ou non à la vue de tout le monde.

Cependant, trop souvent, ce cliché de l'homosexuel impliqué dans des rapports vulgaires nous est infligé. Pourquoi deux êtres de n’importe quel sexe, de n’importe quelle orientation sexuelle, ne pourraient pas simplement s’aimer, s’embrasser et avoir des rapports suggérés à l’écran ? Pourquoi tomber dans ces images dérangeantes, de moments qui ne nous appartiennent pas et appartiennent seulement aux personnages et relèvent de leur intimité ? Quel intérêt a-t-on à montrer cela ? Pas beaucoup au fond et cela Xavier Dolan l’a bien compris.

Se détachant du cinéma classique, où la profusion d’images vulgaires et sexuelles se répandent, Xavier Dolan met simplement en scène deux êtres à la recherche de leur corps, dans la poésie et la finesse de l’amour et du hasard de la vie. Nous sommes dans une ère où montrer les choses simples de la vie devient de plus en plus rare et compliqué alors merci Xavier Dolan de ne pas tomber dans ce piège.

Xavier Dolan choisit des thèmes très particuliers, mais qui nous sommes bien plus que familiers : lien parentaux, amour, vie sociale, etc. Cela se fait si rare de montrer simplement et de ni exagérer, ni offusquer les spectateurs, ni tomber dans l’ennui, le vide, que nous nous perdons parfois dans certains films. À croire que la simplicité de la vie n’est pas donnée à tout le monde pour la représenter...

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