5 décembre 2019
Critiques

Matthias & Maxime : Un beau roman d’amitié

Critique du film Matthias & Maxime

par Sarah Ugolini



"Matthias et Maxime", c'est l'histoire d'un baiser qui vient bouleverser une amitié. Avec ce film, le deuxième en un an pour Xavier Dolan après "Ma vie avec John F. Donovan", le jeune prodige québécois revient à ses premières amours avec une œuvre générationnelle, sincère et authentique. Après la vingtaine troublée, on suit la quête identitaire de deux amis d'enfance dans la trentaine. Une introspection juste et profonde filmée avec toujours autant d'esthétisme et de poésie par Xavier Dolan. Cette fois-ci fini les stars (Vincent Cassel, Gaspard Ulliel, Léa Seydoux et Nathalie Baye pour "Juste la fin du monde et Kit Harington et Natalie Portman pour "Ma vie avec John F. Donovan"), le cinéaste semble vouloir faire un nouveau "premier film" avec des acteurs québécois peu connus du grand public.

Et dans ce retour aux sources, tout commence quand deux amis d'enfance, Matthias, gendre idéal et avocat à la carrière toute tracée, et Maxime, interprété par Xavier Dolan lui-même, un jeune serveur qui cherche un sens à sa vie, s'embrassent lors d'un court-métrage de la sœur d'un de leurs amis. Ce baiser échangé vient insidieusement troubler leur amitié, leurs existences et perturber l'équilibre tout entier de leur groupe d'amis. Le trouble amoureux entraîné par cet échange va peu à peu questionner leur identité et créer le chaos dans leur vie. Des doutes qui s'expriment surtout chez Matthias, qui semble soudain indifférent à son quotidien, tant avec sa petite amie que dans son travail. Incapable de verbaliser ses doutes, il se plonge peu à peu dans un profond isolement entrecoupé de crises de colère incontrôlées. Des scènes incroyablement filmées, à l'instar de la frénétique nage du jeune homme au petit matin, sublimée par une musique et des images du Canada sauvage de toute beauté. Un trouble intérieur qui s'intensifie à l'approche du départ de son ami Maxime pour l'Australie qui rythme la narration du film. Le jeune homme perdu cherche quant à lui à échapper à sa relation destructrice avec sa mère alcoolique et dépressive.

"Matthias et Maxime" alterne des scènes de soirées bien arrosées entre une bande de potes, avec des répliques incisives pleines de drôlerie en 100% québécois dont le sous-titrage n'est pas superflu, à des intermèdes musicaux et des plans plus lents et contemplatifs de leur quotidien bouleversé. Personne ne sait capter avec autant de poésie les regards, les gestes qui paraissent insignifiants, que Xavier Dolan. Cédric Klapisch disait récemment avoir été étonné de constater avec son premier film, "Le Péril jeune", à quel point affronter la banalité parlait aux gens. Le réalisateur assume de s'intéresser au train qui ne déraille pas, pour laisser celui qui déraille à Hollywood. C'est en cette capacité à raconter avec justesse nos troubles intérieurs, nos problèmes de tous les jours, la vie tout simplement, que je trouve sa vision du cinéma similaire à celle de Dolan.

Il fait lui aussi des films générationnels dans lesquels chacun se reconnaît aisément. Outre le trouble amoureux, l'amitié et la quête identitaire, avec "Matthias et Maxime", le québécois de 30 ans nous livre une œuvre qui met en exergue la quête existentielle, ce moment de la vie où on met toute son existence en perspective et s'interroge sur le sens que l'on souhaite lui donner. Mention spéciale à Gabriel D'Almeida Freitas, très convaincant en jeune cadre torturé par ses sentiments naissants pour son meilleur ami. En compétition à Cannes en mai dernier, après les succès de "Mommy" et "Juste la fin du monde", ce film est d'abord l'esquisse d'une amitié amoureuse, mais il touchera chaque personne qui a un jour douté, qui a un jour cherché qui il était et ce qu'il voulait faire de sa vie.

Alors oui on peut reprocher une nouvelle fois à Dolan de se cantonner à ses thèmes de prédilection, les relations complexes à la mère, la confusion sentimentale et les introspections existentielles, pour "faire du Dolan", mais il nous dessine à nouveau avec justesse et douceur une ode intime de la jeunesse au rêve et à la liberté. L'essence même de ce film est résumée dans le long-métrage par le patron de Matthias avec beaucoup de poésie et de vérité : "On se pose tous des questions un jour ou l'autre, c'est ça la beauté de la jeunesse, avoir trente ans, avoir encore le temps...".

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