Critiques

Mauvaise Passe : Non aboutie

Ce que l'on remarque tout de suite avec "Mauvaise Passe" (distribué par Pathé Films), c'est cette affiche particulière avec un Daniel Auteuil dont on peut se demander s'il est vraiment dans une "mauvaise passe" puisque coincé entre les jambes d'une femme. Ce que l'on découvre ensuite, c'est une oeuvre au scénario inattendu, car voici un père de famille de 45 ans qui va découvrir le monde interlope des gigolos ou escort-boys, statement que l'on pourrait traduire par accompagnateur de dames seules. Fasciné, il va s'y glisser progressivement au point de s'y brûler les ailes.

Daniel Auteuil incarne Pierre, un professeur de lettres qui, à l'aube de ses quarante ans, constate qu'il a été calibré pour être un bon fils mais aussi un bon père et un bon mari. Il décide de partir sur un coup de tête à Londres afin d'y entamer une carrière d'écrivain, sans plan préétabli mais plutôt dans l'optique de découvrir sa véritable identité au-delà des codes normatifs imposés par la société.  

Ainsi débute une descente aux enfers assez fine quoique longue. A peine débarqué à Londres, Pierre rencontre Tom, l'archétype de l'homme recherché par les femmes, c'est à dire beau, grand, brun, musclé et gérant d'un bar anodin (Tom est ici incarné par le très subtil Stuart Townsend). Ce dernier va permettre à Pierre de pénétrer ce monde peu connu et qui semble, au premier abord, assez plaisant car les premières clientes sont avenantes et le prix payé est satisfaisant. Toutefois, progressivement on découvre le revers de la médaille : la lassitude, le défaut de l'érection au mauvais moment, la fatigue, le manque d'envie avec sa propre partenaire. Ceci débouche sur l'utilisation de la cocaïne pour se donner un coup de fouet, car il ne faut pas oublier que l'argent reste la principale source de motivation ce qui explique la nécessité d'une forme physique constante.  

La vraie question qui se pose avec "Mauvaise Passe est de savoir si nous avons affaire à un film racoleur ou moraliste ? Il se situe en fait entre les deux même si sa morale est assez niaise, la fin de l'histoire est, à ce sujet, plutôt édifiante. Quant aux scènes de sexe, elles ne sont pas particulièrement émoustillantes puisqu'il faut montrer la réalité quotidienne d'un escort-boy et on est bien loin du "American Gigolo" de Paul Schrader avec Richard Gere qui constitue une référence en la matière.

En définitive, on peut reprocher à Michel Blanc de ne pas être allé plus loin. En effet, la fin de "Mauvaise Passe est trop insipide, trop facile avec un Daniel Auteuil qui, après en avoir tant bavé, laisse l'impression de s'en sortir trop aisément comme si cette expérience peu commune ne lui avait laissé aucune trace. En fait, "Mauvaise Passe vaut surtout pour sa qualité de témoignage, il prend par moments des allures de documentaire et permet de mieux appréhender la prostitution masculine.
Auteur :Paul de Moura
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