18 novembre 2019
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Mes Stars et Moi : Banale facilité

Après son premier film « A la folie, pas du tout » interprété par Audrey Tautou et Samuel Le Bihan , Laetitia Colombani a choisi un scénario au premier abord séduisant : entrer dans l'univers du fan confronté à celui des actrices dans une comédie dont le thème serait l'obsession et imaginer dans un second temps que ses actrices se vengeraient.

L'idée lui en est venue suite à une rencontre avec une jeune comédienne japonaise qui était harcelée par un fan qui s'en prenait aussi à d'autres très grandes stars. Elle choisit (et la question est : judicieusement ?), d'en faire une comédie et non un drame ou un thriller. Les ressorts comiques apparaissent de suite avec facilité. Hum ! Cela ne sent peut être déjà pas bon. Les écueils sont grands de faire interpréter des actrices stars à des actrices.

Quitte à prendre à un tel risque, Laetitia Colombani a eu la bonne idée d'entrer pleinement dans son sujet et de l'assumer jusqu'au bout en choisissant pour deux de ses actrices deux vraies stars : Madame Catherine Deneuve et Emmanuelle Béart. Malheureusement, la réalisatrice n'a pas fait que des choix judicieux et ne peut su éviter les risques de son scénario.

Le film joue sur le fil entre réalité et fiction comme l'engagement dans l'UNICEF d'Emmanuelle Béart. La réalisatrice joue avec la ligne, la transgresse parfois, s'y perd donc un peu. On regrettera le manque d'audace. Laetitia Colombani nous sert exactement ce à quoi on s'attendait, sans surprise. Malheureusement, si ce qui marche pour certains types de film ne fonctionne pas pour d'autres. La spécificité de faire un film sur les acteurs ne fonctionne alors plus puisqu'il n'y a plus de surprise.

Cela est particulièrement flagrant pour le choix de la personnalité et des caractères des personnages. Robert (Kad Merad) est Fan. Le vrai. Le pur. Il est encombrant, harceleur et même à l'occasion agent amateur. Mais comment fait-il ? Lorsque la nuit tombe, l'immense bâtiment de la société d'agents est vide, il ne reste que l'agent d'entretien. Il se retrouve seul au milieu de ces bureaux déserts, remplis d'adresses, de contrats, de scénarios destinés aux plus grandes stars du monde. Mais Robert n'a lui que trois obsessions : Solange (Catherine Deneuve) : la grande actrice, la classe, l'excellence, Irena : la beauté, la sensualité, le glamour et Violette (Mélanie Bernier) : la fraîcheur et la jeunesse.

Robert c'est Kad Merad connu pour son rôle dans « Je vais bien, ne t'en fais pas » et pour celui des « Ch'tis ». Kad Merad est plus proche de son second rôle que du premier. Il est le fil rouge du film. Il est Monsieur Tout le monde, juste un peu plus loufoque, profondément sincère et gentil. Malgré tout ce que ce fan commet des actes douteux (détruire la voiture d'un journaliste, provoquer la rupture d'une actrice avec son fiancé), mais il n'est pas vraiment dangereux.

Catherine Deneuve alias Solange Duvivier est donc le mythe, la grande star, la bourgeoise… comme cela est surprenant ! Emmanuelle Béart alias Isabelle Serena est donc la sensuelle aux problèmes de cœur. Son personnage est au faîte de sa gloire et il lui est difficile de rencontrer l'homme qui pourrait satisfaire son désir de maternité et évidemment elle veut adopter. Bon. Violette Duval (Mélanie Bernier) apporte, elle, la fraîcheur, ingénuité, spontanéité et naïveté. Elle est aussi en admiration devant les deux autres et elle se retrouve au milieu des conflits et assise entre les deux.

En résumé, aucun des personnages n'est donc, devrions-nous ajouter évidemment, étonnants. L'humour est parfois gras voire lourd. Robert Pelage a un problème avec son chat persan. Soit. Pourtant, les dialogues sont quelques fois amusants et font mouches. Le film est aussi truffé de clins d'œil. Ainsi, parmi les seconds rôles, on découvre Patrice Leconte faisant ses premiers pas d'acteur. On croise aussi Dominique Besnehard and Co lesquelles incarnent tous… leurs propres rôles. Ces accumulations de poncifs deviennent profondément agaçantes. En somme, on aurait aimé plus d'ingéniosité, de réactivité et d'imagination. On aurait apprécié une vraie fiction. Bien sûr, les effets fonctionnent mais ils sont tellement faciles : où est le risque ?

Au surplus, le scénario n'a rien d'original. Bien au contraire. Malgré tout cela, le spectateur passe un moment agréable, plaisant voire réjouissant (rarement quand même). Mais cela il ne le doit qu'au talent de deux comédiennes et à leur savoureux crêpage de chignon. Le pauvre Robert ressemble fort au postier des Ch'ti sur son vélo tandis que les scènes « tendres » sont largement convenues.

Bref un film aussi vite consommé qu'oublié qui peut attendre une projection télévisuelle si le budget cinéma, en ces temps de crise, est limité.

Auteur :Magali Contrafatto
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