5 décembre 2020
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Mesrine : L’Ennemi public n°1 : Une fresque exceptionnelle !

Deuxième volet du diptyque de Jean–François Richet sur la vie de Jacques Mesrine, "Mesrine : L'Ennemi public n°1" (distribué par Pathé) se veut différent du premier, "Mesrine : L'Instinct de mort". Inspirés des deux autobiographies du célèbre gangster, « L'Instinct de mort » et « Coupable d'être innocent », les deux films de Richet suivent la chronologie de la vie du criminel : le premier retraçant son parcours et sa progression dans le banditisme dans les années 50 et 60, et le second dévoilant toute son envergure criminelle et médiatique dans les années 70.

Ayant eu la chance de voir le diptyque en une seule fois – ce qui équivaut à un peu plus de 4h de cinéma intensives ! – il m'est assez difficile (et ce serait d'ailleurs malencontreux) de dissocier les deux parties pour en faire une comparaison drastique, tant la transition entre elles est minime, nous plongeant alors dans une seule et même œuvre. Rassurez-vous, pas besoin de voir les deux films en une soirée pour savourer pleinement cette aventure cinématographique. Quoique…

Vous qui étiez restés sur votre faim (et qui l'êtes toujours !) après avoir vu "L'Instinct de mort", vous n'allez pas être déçus avec sa suite – ou devrais-je dire son prolongement. Car, même si on change d'époque, d'ambiance, de look, de voitures, le montage et les prises de vues demeurent les mêmes, efficace et exaltantes. Il est clair que le premier film annonçait la couleur : on retiendra cette fameuse tentative de libération de détenus à la prison de St Vincent de Paul, orchestrée par Mesrine et son acolyte canadien Jean-Paul Mercier, suivie d'une fusillade à la "Heat" de Michael Mann. On aime ce côté américain chez Richet, qu'on déteste tant chez d'autres ! L'expérience outre-atlantique du réalisateur de "Ma 6-T va crack-er" et de "Assaut sur le central 13" a eut du bon.

Au niveau du jeu des acteurs, on ne peut encore une fois que saluer la performance de Vincent Cassel dans le rôle-titre de Jacques Mesrine. Convaincant, charismatique, le comédien a pris 20 kilos pour rester fidèle au physique changeant de l'ennemi public n°1, s'inscrivant ainsi parmi les acteurs métamorphiques les plus célèbres tels que Robert De Niro pour "Raging Bull" de Martin Scorsese et "Les Incorruptibles" de Brian De Palma, et Vincent D'Onofrio pour le rôle de l'engagé « Baleine » dans le film de Stanley Kubrick, "Full Metal Jacket".

Les principaux acteurs secondaires du premier film (Cécile de France, Gérard Depardieu, Gilles Lellouche, Elena Anaya et Roy Dupuis), tous impeccables, sont suivis de Ludivine Sagnier (exquise), Mathieu Amalric (toujours excellent), Gérard Lanvin (fidèle au véritable Charlie Bauer et à son accent), Samuel Le Bihan (grossit lui aussi de 20 kilos) et de Olivier Gourmet (parfait dans le rôle du commissaire Robert Broussard) dans le second film. Quand on vous parle de continuité dans ce diptyque !

Dans "Mesrine : L'Ennemi public n°1", toutefois, la violence n'est pas linéaire. Elle s'accroît au fur et à mesure que Mesrine se conforte dans sa place d'ennemi public numéro un. Les braquages se succèdent. Les évasions aussi, et les meurtres. Sans but politique, à seul fin de renverser le système, il mène, à sa guise, sa vie de marginal, non sans savoir par avance comment se termineront ses agissements. Ici, la violence se veut plus psychologique même si certaines scènes sont assez sanguinolentes...

Mesrine pouvait se comporter en gentilhomme avec ses femmes comme il pouvait en devenir l'opposé même contre elles. Il préférait toujours ses amis à ses femmes. Toujours. Ingénieux et téméraire, Mesrine connaissait le poids des médias et s'amusait des politiques et des autorités à travers eux. Comme cette scène culte, où, après avoir ouvert la porte, cigare aux lèvres et bouteille de champagne à la main, aux policiers qui viennent l'arrêter, le truand offre une coupe au commissaire Broussard sous les flashs des photographes. Plus il fut médiatisé, plus son ego prit de l'ampleur et moins il eut d'amis.

"Mesrine : L'Ennemi public n°1" se termine sur une scène d'anthologie qui est la même scène qu'au tout début du diptyque, à savoir celle qui déroule les dernières minutes de la vie du gangster, mais pris d'un point de vue diffèrent : celui de la police. Tout en connaissant le dénouement, nous restons figés devant les images tout en étant au cœur de l'action.

Au final, Richet retrace avec exactitude les 10 dernières années de la vie du plus grand bandit français des années 70. N'en faisant ni un héros, ni un martyr, le réalisateur expose avec brio un cas unique et phénoménal de la société, qui fît couler autant de sang qu'il ne fît couler d'encre. Avec quelques notes d'humour et de tendresse, enfin un vrai bon film français de gangster.

Pour conclure, aucune fausse note pour cette fresque exceptionnelle qu'est le biopic sur Mesrine mis en scène par Jean-François Richet.

Auteur :Charles Blondelle
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