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Miami Vice : Chef d’oeuvre !

Un film immense

Immédiatement emporté par des images puissantes, un rythme magistral et une bande son immersive, la scène d'amorce est à l'image du film : puissante, juste, flippante !Il y a tellement de choses à dire sur cette oeuvre majeure de ce grand réalisateur, quelques impressions à chaud pour se mettre au diapason de cette expérience cinématographique : pureté et richesse des plans, nervosité du montage, utilisation maîtrisée de la prise de vue numérique, adéquation de la bande son au concept MIAMI VICE, tout y est.


Des images magnifiques


Qu'il s'agisse de filmer un jet privé dans le ciel des Caraïbes, un hors-bord à 50 noeuds sur une mer nerveuse, un moment d'intimité au plus près ou enfin l'action en caméra subjective, Michael Mann livre pour les amateurs avertis une très grande leçon de cinéma.Et pas un cinéma au style figé, à la manière d'avant, non, le réalisateur a su faire évoluer son art en y intégrant le meilleur des stigmates de la réalisation actuelle, surtout empruntés à la série télévisée : instabilité des plans, cadrages très ressérés, utilisation magnifique des flous d'arrière-plan.


Un numérique sublime


Remettant tous les détracteurs de cette technologie de relève à leur place, Michael Mann démontre avec ce film sa maîtrise acquise de la prise de vue numérique, en utilisant ce qu'elle peut apporter de meilleur :

1. Finesse du grain de définition de l'image avec laquelle il joue malicieusement notamment lors des scènes d'intimité filmées très près de la peau, presque à l'excès, pour nous faire pénétrer dans une nouvelle dimension du cadrage rapproché, l'accès à la découverte ultime de la surface éclairée de notre vie privée c'est à dire l'épiderme.

2. Jeu avec les flous d'arrière-plan, balance de la mise au point dans les plans serrés, peinture expressive vivante à laquelle le réalisateur ajoute avec brio le mouvement.

3. Composition jubilatoire des plans, le numérique permettant à Mann de reculer encore la richesse sémantique d'un plan,4. une lumière extraordinaire, un contrôle des clair/obscure qui frise la perfection, des contrastes à faire pâlir tous les chef-opérateur de cette planète.


Des acteurs à leur place


Laissons l'analyse filmique un moment pour parler d'une autre facette du talent de Michael Mann : la direction d'acteurs. Quelle retenue et densité dans le jeu de Colin Farrell, la métamorphose physique opérée outre le fait de le vieillir de 5 bonnes années, lui apporte ce détachement, cette touche de blasé et de stress contenu qui emporte l'adhésion immédiate. Jaimie Foxx présente une dimension physique féline, puissante, dans l'action en permanence, le flic idéal mais toujours crédible, toujours prêt à basculer... Les rôles secondaires sont comme d'habitude de très haut niveau dans le cinéma de Mann, chacun à sa place, au moment et à l'attitude juste.


Un film policier immersif


Littéralement emporté sans ménagement dans l'action et la découverte de ce milieu nerveux du trafic de drogue, le spectateur est plongé avec punch et hypnose sonore dans cette histoire qui ne laisse aucune place à la pause ou au relâchement. Ces derniers sont subtilement réservés aux scènes d'intimité respectives des deux policiers pendant lesquelles aucun parti pris, aucun jugement n'est porté : juste la dimension humaine qui reprend un moment le dessus dans ce monde de bruit et de fureur, une respiration et... c'est reparti !

Le son du film N'en déplaise aux allergiques à la musique des années 80, cette bande son colle au film comme un chewing-gum à une godasse, l'immersion dans l'ambiance d'un Miami survolté y est pour beaucoup, le clinquant strasse/voiture de luxe/lignes de coke est naturellement accompagné de ces partitions soit lounges, soit techno-frénétiques soit franchement pop flippante de ces années si productives.


Une expérience jubilatoire


Il n'y a qu'une seule chose à dire à la limite dans ce "debriefing à chaud" : allez voir ce film, laissez-vous envahir par cette plongée avec bouteille dans la Floride de tous les excès, dans un monde qui trouve sa justification dans le mouvement perpétuel. Michael Mann met tous au service de son cinéma dans lequel visiblement il s'éclate et nous avec. Il ne faut pas chercher de signification, de message, de morale dans un film de Mann : seule l'expérience "live" compte et la manière de nous y emmener. Cette capacité à nous montrer sa vision d'une ville, de la circulation, de la nuit urbaine, des lumières citadines, des banlieues insipides, les autoroutes, les aéroports, les climatiseurs sur les façades de buildings, les publicités anarchiques, les voitures à toute vitesse, les parkings... comme un suprême révélateur de l'artificialité d'une Amérique empire de la consommation et du mouvement.

Auteur :Jean-François Ballot

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