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Miami Vice : Quelle leçon de cinéma !

Le temps est orageux. Sonny et Ricardo préparent leur « opé ». Derrière eux, le ciel est noir masquant l'ocre d'un coucher de soleil crépusculaire. Puis des éclats d'un bleu métallique zèbrent le ciel et prennent place dans le cadre, comme un fabuleux décor aux aventures des deux amis flics.

Les orages de Miami vice ne sont pas ceux artificiels d'Hollywood. La pluie ne semble pas sortie de l'arrosoir d'un assistant. La tempête éclate comme le parfait résumé du dernier chef d'oeuvre de Michael Mann. Violent, soudain, sabrant d'un coup, d'un seul la virginité du ciel de Floride. Pendant plus de deux heures, Mann joue de ce contraste entre silence et fureur.

Il y a d'abord les deux couleurs fétiches du réalisateur : le bleu et le noir, le bleu de Heat et le noir de Collateral, de Révélations et dans une moindre mesure d'Ali. Mann joue de cette palette comme le faisait Brian de Palma dans L'Impasse. Mêmes boîtes de nuit louches pourtant aux couleurs éclatantes, mêmes nuits évoquant la fin des temps. Les teintes bleutées apportent elles une nuance glacée, déshumanisée à la lutte contre le Mal menée par Sonny et Ricardo. Toute la mise en scène de Mann s'appuie sur ces deux couleurs pour paraître distante, épurée, minimaliste.


Pas de super héros


Silence et fureur donc tant la plénitude ressentie lors d'une balade en off-shore (époustouflant panoramique sur la mer des Caraïbes) peut s'effacer soudainement devant une confrontation entre Sonny et le patron d'un puissant cartel de drogues sud-américain.

Donnez un scénario avec de belles bagnoles, de somptueuses filles et de méchants dealers à n'importe quel réalisateur et vous obtiendrez un navet. Mann, puisqu'il est l'un des derniers pouvant allier succès public et critique, en tire un film brut dans lequel les fusillades occupent bien moins de temps que le reste. Du coup, quand les balles sifflent, la violence explose et saisit le spectateur.

Pas de poursuite interminable, pas d'échappée improbable d'un héros Robocop échappant à une armée de Colombiens furieux d'avoir perdu leur marchandise. Comme il avait commencé par le faire avec Manhunter, l'un de ses premiers film (Le Sixième sens en français, à ne pas confondre avec celui de Shyamalan), Mann démonte l'archétype du héros indestructible. Il laisse la vie privée brouiller le parcours professionnel de son personnage. Il se joue des codes du polar, laissant pénétrer le spectateur immédiatement dans l'action, quitte à ce qu'il n'y comprenne rien. Monter une opération d'?infiltration n?est pas simple, alors, à l'écran, cela le saura tout autant.

La force de Mann est de pouvoir adapter son cinéma à tous les genres. Miami vice n'aurait pu être qu'un feu d'artifice de cascades et d'explosions, au contraire, il prend les attentes du spectateur à contre-pied, repousse l'affrontement final pour filmer l'une des plus belles fusillades du niveau du cinéma asiatique de Johnny To ou Tsui Hark (Time and tide). La chair explose, les membres sont déchiquetés par la force des balles en une fraction de secondes. Mann prend un malin plaisir à retranscrire la variété des situations en multipliant les plans. Leçon de cinéma, Miami vice alterne images numériques au grain grossier, plans ultra-rapprochés des héros et cadrages larges de l'environnement, parfois même au détriment de ses acteurs.


A moitié vide, à moitié plein

Colin Farrell et Jamie Foxx ont beau être des vedettes, ils sont au service du film. Étonnant de les voir aussi peu réunis dans l'adaptation d'une série qui, en français, se nomme Deux flics à Miami. C'est la théorie du vide mise en pratique. La capacité de Colin Farrell à rester dans la mesure, à ne pas trop montrer ses muscles lui permet de signer une grande performance d?'acteur en accord avec l'esthétique Mann.

Miami vice devait être un festival d'action, un mélange de testostérone et d'adrénaline. C'est en fait l'un des films les plus aboutis de Michael Mann et peut-être le plus personnel. De quoi prouver qu'il est un grand. Et qu'art et essai et grand spectacle peuvent ainsi cohabiter.

Auteur :Matthieu Deprieck
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