21 janvier 2022
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Michou d’Auber : Remake algérien

Dans le film "Michou d'Auber", Un jeune garçon de la région parisienne va être placé, parce que ses parents ne peuvent temporairement pas s'occuper de lui. Ses parents adoptifs sont deux fermiers. Voilà notre petit parisien au milieu des lapins et des cochons. L'arrivée de l'enfant n'est pas facile. Les rapports entre ses parents occasionnels ne sont pas au beau fixe. Ils n'ont plus de rapports intimes, n'ont pas eu d'enfant de la faute du mari, qui noie désormais son chagrin dans l'alcool. De plus, le bougre est plutôt bourru... Ça vous rappelle quelque chose ? Un très beau film, touchant, émouvant, et drôle dans lequel deux acteurs à forte personnalité ont trouvé l'un de leurs plus beaux et plus grands rôles. "Le Grand chemin" dites vous ? Perdu, l'histoire que je viens de vous résumer est celle du nouveau film de Thomas Gilou, "Michou d'Auber", à une nuance près du magnifique film de Jean-Loup Hubert (rendons à César….), que le petit garçon en question s'appelle Messaoud, qu'il est français d'origine algérienne et que nous sommes en 1960 soit en plein « événements algériens ! ». Pour tout le reste, c'est du copié-collé (scénario, événements, personnages). Et, c'est bien connu, la copie est toujours, à quelques rares exceptions, moins bonne que l'original, et pour certaines copies, on peut conclure qu'elles sont très pales.

Allez voir un film que l'on a déjà vu n'a rien d'enthousiasmant, surtout si c'est moins bien et en l'espèce c'est très largement en dessous. Cherchant un équilibre entre le drame et la comédie, le réalisateur de "La vérité si je mens 1 & 2" et de "Raï", s'est perdu. "Michou d'Auber" manquant d'harmonie, le spectateur ne sait jamais sur quel pied danser. "Michou d'Auber" manque surtout de subtilité et de légèreté dans le propos. Tout est mal dit, grossièrement appuyé. La musique est répétitive et pas forcément adaptée. Et l'interprétation laisse carrément à désirer. Le petit acteur n'est pas toujours attendrissant, même si il a superbe frimousse. Mais nous lui pardonnerons largement, surtout à la lumière des adultes. En effet, Thomas Gilou n'a rien de moins que choisi deux monstres du cinéma pour incarner son couple, à savoir Gérard Depardieu et Nathalie Baye. Or, le premier en fait des tonnes et la seconde, toujours sublime, se contente pourtant du minimum syndical. Gérard Depardieu, dont je concède que je ne suis pas sa plus grande admiratrice, m'avait tout simplement bluffé dans "Quand j'étais chanteur". Je l'avais trouvé très juste, touchant, bref complètement dans le ton, le grand Depardieu. Sa prestation dans "Michou d'Auber" est aux antipodes de cette version. Il est en dents de scie. Il en fait beaucoup trop. Seules quelques scènes sont à sauver. A sa décharge, son personnage est assez mal défini : militaire ayant fait toutes les guerres de décolonisation, Gaulliste, paysan et postier, mais nul en orthographe, primaire et en même temps capable de réflexion. Il y a de quoi perdre son latin. Quant à Nathalie Baye, son personnage- Gisèle - a heureusement bénéficié d'un traitement de faveur. L'actrice est très bien comme toujours. Cependant, elle se contente de faire du Nathalie Baye.

A la lecture du synopsis, le propos de "Michou d'Auber" serait de traiter de la place d'un français d'origine algérienne en rapport avec les événements algériens. Là était sans doute tout le sujet. Sur ce point, quelques scènes rares sont réussies, notamment un face à face drôle entre le curé du village et l'enfant. Malheureusement, de ce côté aussi, le film pêche par des travers identiques. De plus, il délivre une vision raccourcie et beaucoup trop simpliste et gentille, à la manière d'un téléfilm, des tensions qui pouvaient régner à cette époque. Thomas Gilou a cherché à faire deux films, il en a oublié d'en faire un seul. Il serait aisé de conclure que l'on passe un moment sans saveur, voire mauvais. Et bien, pas du tout. Nonobstant, "Michou d'Auber" se laisse regarder. Simplement, peut être parce que, malgré tout, il y a Gérard Depardieu, Nathalie Baye, et Mathieu Alméric (lui très bien, pour le coup), ou que l'on aime les jolies histoires. On a passé un peu de temps, pas désagréable. On a juste rien appris.

Auteure :Magali Contrafatto
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