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Mille millièmes, fantaisie immobilière : La critique

Chaque année, les copropriétaires de l'immeuble du 29, rue des Oursins se réunissent dans le bistrot d'un des leurs pour évoquer leurs grands soucis et petits tracas de l'année passée, ces grands conflits qui ne sont souvent que petits cas. Autour du syndic Jean-Louis (Wladimir Yordanoff), dépressif incompétent qui perd toute foi en l'homme au contact des mesquineries et de la petitesse de ces copropriétaires, s'agite une foule de personnages qui représentent autant de problèmes (ou parfois de chaleur) dans cette assemblée : Patrick (Jean-Pierre Darroussin), qui travaille dans la médaille et emmerde tout le monde avec son seul dada, désire percer un trou dans son plafond afin de partager sa vie avec la voisine du dessus ; Vincent (Grégori Derangère), sous ses aspects proprets, ne cherche qu'à vendre son appartement et à posséder le temps d'un soir Julie (Irène Jacob) ; Gérard (Patrick Chesnais), compagnon du tenancier du bistrot, ne goûte pas les infidélités de celui-ci ; sans compter la vieille madame Chartreux (Suzanne Flon), le gardien portugais (Luis Rego), le jeune bénévole (Guillaume Canet) et tant d'autres personnages souvent peu amènes mais forcément touchants, dans leur bravoure ou leur bassesse.

Pas étonnant de retrouver Magouric productions au générique de Mille Millièmes. Des films comme Nos vies heureuses, et Au petit Marguery (Laurent Bénégui est d'ailleurs producteur délégué de cette Fantaisie immobilière) et maintenant "Mille Millièmes" reflètent assez bien l'esprit de famille qui semble y régner, tant dans la genèse des films que dans ce que l'on voit à l'écran. Profusion de personnages hauts en couleurs, terriblement réels, touchants dans leurs faiblesses, involontairement drôles, maladroits, parfois exécrables, ou à l'inverse plein de bonne humeur, de simplicité, d'énergie saine, de rêverie. Tout y est. Mais attention ! Le nom de la rue n'est pas anodin : 29, rue des Oursins, comme pour dire qui s'y frotte s'y pique. A l'instar d'un syndic déprimé par tant d'ignorance et d'indifférence. Tous ont leurs failles, mais chacun réagit différemment en société.  Vivre les uns avec les autres et non contre parce qu'il est tellement plus facile de s'opposer, c'est peut-être un des messages de Rémi Waterhouse. Sacré coup de pub pour la Journée du Voisinage, et en même temps terrible constat de médiocrité ambiante, Mille Millièmes est en tout cas un caléidoscope grandeur nature de nos natures, et il est évident que chacun peut y puiser un de ses traits, sinon celui d'une connaissance, plus facilement identifiable.

Ce qui fait l'originalité du film réside dans sa construction, ou plutôt sa déconstruction, puisque le réalisateur s'ingénie à décrocher régulièrement de la fameuse assemblée annuelle pour nous faire découvrir peu à peu la vie de l'immeuble et de ses occupants, ce qu'ils sont réellement ou ce qu'ils veulent être. L'idée, très astucieuse, donne du rythme à un film qui avait pourtant eu du mal à démarrer. Le temps de prendre ses marques, et l'on s'immerge dans ces portraits de vie finalement sans concessions pourtant rendus tendres par le réalisateur de Je règle le pas sur le pas de mon père, également scénariste de Ridicule. "Mille millièmes" est un film sans prétention, qui ne verse jamais ni dans la tragédie, ni dans la franche comédie, mais qui se regarde avec un plaisir certain.

Auteur : Alessandro Di Giuseppe Tous nos contenus sur "Mille millièmes, fantaisie immobilière" Toutes les critiques de "Alessandro Di Giuseppe"

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