Archives Critiques

Mille millièmes, fantaisie immobilière : Le dégoût des autres

"Mille Millièmes, Fantaisie Immobilières" (distribué par Diaphana) le deuxième film de Rémi Waterhouse (après "Je règle mon pas sur le pas de mon père", 1999) s'inscrit dans la lignée du cinéma de Klapish et de Bacri-Jaoui. Film-chorale où les petits travers de chacun sont présentés comme étant un reflet du comportement de nos contemporains. Film tragi-comique sur la part d'(in)humanité que chacun porte ou non en soi. Ici un immeuble et ses habitants, une micro-société où évolue une galerie de personnages qui se retrouve réunie pour l'assemblée annuelle des co-propriétaires. Si Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri dans "Le Goût des Autres" parvenaient à rendre crédible et émouvant leurs personnages grâce à des répliques drôles et une extrême attention dans les détails, Rémi Waterhouse ne parvient jamais à dépasser le stade de l'archétype. Devant lui évoluent trop de personnages pour qu'il puise leur conférer une complexité. On retrouve donc des figures déjà vues comme l'homosexuel vieillissant trompé par son mec, la jeune fille sympa, la vieille mamie qui perd la boule, les coincés et les réacs, le noir intégré, les beaufs...

Le film, qui se distingue néanmoins par son montage non linéaire et son casting irréprochable, est une suite de micro-incidents qui peine à intéresser: remplacer le loquet de l'immeuble; Patrick Bertil (Jean-Pierre Darroussin) veut construire un escalier pour relier son appartement à celui de sa femme; Mme Chartreux (Suzanne Flon) ne veut pas changer de gazinière; Julie (Irène Jacob) veut inviter le concierge (Luis Régo) au repas annuel; Gérard (Patrick Chesnais) veut faire un café philo avec un premier débat sur « l'homosexualité et la perspective dans la peinture à la Renaissance »... Derrière la fausse légèreté du film, se cache une atmosphère vraiment désespérante où la mesquinerie rivalise de roublardise ou de mièvrerie: le concierge qu'on veut licencier rapidement, Bertil qui joue les faux-cul auprès de ses voisins pour obtenir l'autorisation de construire son escalier, Seule le personnage incarné par l'excellent Luis Régo apporte un peu d'humanité sincère.

"Mille millièmes" est le prototype du film sympathique: ceux qui ont vécu dans un immeuble ce genre de situation trouveront le film criant de vérité et leur rappelleront de bons (ou mauvais) souvenirs, les autres s'ennuieront poliment devant cette comédie pas très drôle et vraiment désespérante, parfaitement résumée par le syndic Jean-Louis (Wladimir Yordanoff) « la copropriété, c'est pas une humanité très reluisante. Ces histoires de paillassons, de gouttières... ». "Mille millièmes" ou le dégoût des autres...

Auteur :Christophe RousselTous nos contenus sur "Mille millièmes, fantaisie immobilière" Toutes les critiques de "Christophe Roussel"

ça peut vous interesser

Villa Caprice : Arestrup magistral

Rédaction

Des hommes : l’Algérie comme fardeau

Rédaction

Les Aventuriers des Salles Obscures : 05 juin 2021

Rédaction