14 octobre 2019
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Minority Report : Le crime était presque parfait…

Un an après A.I, Spielberg adapte de nouveau Philip K. Dick avec "Minority Report" et nous plonge à Washington en 2054 où le crime n'existe plus.

La structure de "Minority Report", écrit par Scott Frank et Jon Cohen, avance d'une façon implacable (trop peut-être ?...) ne laissant aucun répit aux spectateurs, à grand renfort de scènes d'action et de coups de théâtre.

Cette folie sécuritaire se retourne contre son meilleur défenseur (on pourrait dire aussi son chef d'orchestre comme le prouvent ces scènes magnifiques où Anderton « jongle » avec les images les faisant apparaître ou les chassant d'un revers de la main...), un personnage pris à son propre piège.

De position de chasseur, il devient le pourchassé, lui-même à la recherche de sa future victime, un certain Leo Crow. Une trame totalement Hitchcockienne du fugitif devant prouver son innocence.

La manipulation des images, des personnages en proie à un sentiment de culpabilité, des scènes vues à l'avance et sur lesquelles on peut intervenir...on se plaît à imaginer ce qu'un cinéaste comme Brian De Palma aurait fait avec un tel sujet.

Mais si De Palma est un cinéaste physique et cérébral, s'appuyant sur une efficacité hollywoodienne pour mieux diriger son film vers une réflexion sur le pouvoir des images, Spielberg en bon artisan réalise un film d'une indéniable force, un bon thriller d'anticipation sans toutefois transcender le genre.

On aurait aimé par exemple que Spielberg prolonge les scènes entre Anderton et Agatha la pré-cog au lieu de laisser cette dernière hurler et délirer dans chaque scène.

Il y a pourtant dans "Minority Report", un climat assez noir inhabituel chez Spielberg avec ce héros qui se drogue, traumatisé par la perte de son fils. Toutefois, son film achevé, Spielberg chasse cette couleur noir totalement inappropriée aux studios hollywoodiens pour un final d'une mièvrerie qui nous laisse perplexe et gâche un peu notre plaisir.

Un final optimiste pour ne pas trop choquer son public et peut-être surtout par souci de rentabilité. Comme le disait Malraux, "le cinéma est un art, mais c'est aussi une industrie."

Auteur :Christophe Roussel
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