31 octobre 2020
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Minority Report : Quel talent !

"Intelligence Artificielle" avait laisser chez certains spectateurs un goût prononcé de déception. Est –il justifié ou non ? L'esprit critique de chacun en apportera la réponse. La nouvelle réalisation de Steven Spielberg, "Minority Report", recueille un avis plus unanime : le beau et le bon Spielberg est de retour. 

En traitant une nouvelle fois un sujet de science-fiction, l'amuseur public n°1 offre un film plus accessible que sa précédente réalisation. Attention, qui dit accessible ne dit pas forcement facile : ne laissez pas vos neurones à l'entrée de la salle. Tiré d'une nouvelle de Philip K.Dick, "Minority Report" mélange, comme les précédents récits de son auteur (Blade Runner, Total Recall), science-fiction et film noir. Film noir, en effet, car l'intrigue s'inscrit dans un modèle du genre : le qui a fait quoi ? Cher à des écrivains tels qu'Agatha Christie ou Arthur Conan Doyle.

Le scénario de "Minority Report" permet aussi d'aborder d'autres thèmes qui , même s'ils sont évoqués dans un récit futuriste, sont d'actualité. La criminalité réduite à zéro fait rêver plus d'un politicien à l'heure actuelle : avec PRECRIME, c'est possible ! Tout est contrôlé grâce au procédé du contrôle rétinien : pointage, métro, règlements des achats, etc. C'est un perpétuel flicage. Ce qui découle de cette première impression est « Est-on oui ou non maître de son destin ? » dans une société certes sûre et sécurisée mais complètement aseptisée ?   Afin d'illustrer ces propos, Spielberg nous démontre une fois de plus l'étendue de son talent. Même un mauvais Spielberg est naturellement supérieur à la moyenne générale. C'est un véritable virtuose de la caméra, on apprend rien la dessus, il n'a plus rien à démontrer et cela reste terriblement efficace. Certaines scènes resteront dans les mémoires : les jet-packs, l'évasion en « voiture », etc.

Le seul reproche que l'on peut faire à "Minority Report" est une technique qu'utilise Spielberg depuis 1992 avec "Hook" : les fonds de lumière blanche que ce soit pour une scène d'intérieur ou d'extérieur. Cela donne l'impression qu'un maître comme lui ne sait pas, ou ne sait plus, faire un habillage lumineux ou est-ce l'influence de son directeur photo Darius Kondji ? En tout cas cette technique sera totalement incompatible avec sa prochaine réalisation : "Indiana Jones IV". Comme dans "Total Recall", "Minority Report" est littéralement sponsorisé par les grandes marques : Pepsi, Lexus, Nokia. Ils ont du payer cher leur place pour montrer aux spectateurs ce que sera le futur car les techniques utilisées en 2054 sont déjà toutes mis au point dans les laboratoires de ces industries.  

La vedette du film, hormis le scénario, est Tom Cruise. On se demande pourquoi lui et Spielberg n'avait pas encore tourner ensemble. Il tient largement son statut de star mondial. Son jeu est sobre et parfait, il exécute ses cascades lui-même et prend même des risques car le personnage de John Anderton se drogue avec un stupéfiant qui s'appelle la clarté : bonne image qui reflète l'atmosphère du film.

Le reste de la distribution est conséquente : Colin Farrell (à la place de Matt Damon initialement prévu) et Max Von Sydow. Le tout est évidemment orchestré par une partition signée John Williams qui évite ici les envolées lyriques à gros renforts de violons.

"Minority Report" est un des meilleurs Spielberg. Il renoue avec le succès critique et c'est amplement mérité !

Auteur :Pierre Godon
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