16 janvier 2021
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Minority Report : Un monde (presque) parfait

Adapté d'une nouvelle futuriste de Philip K. Dick dont l'oeuvre inspire souvent les cinéastes (de "Blade Runner" à "Total Recall"), le nouveau film de Steven Spielberg nous emmène en 2054 à Washington, ville-pilote pour un système de détection des crimes. Grâce aux visions de pré-cogs reliés à un système informatique ultra-sophistiqué (la version moderne de l'oracle antique), la division pré-crime anticipe les assassinats et meurtres.

La première séquence de "Minority Report", particulièrement brillante, parfois à la limite de l'abstraction, débute avec la détection, une heure avant les faits, d'un crime passionnel où un mari surprend sa femme au lit avec son amant (une scène impensable jusqu'alors dans l'oeuvre du cinéaste américain) et les tue, aveuglé par la colère et la douleur.

En quelques minutes, "Minority Report" capte les ingrédients d'une enquête classique (indices, intuition,...) à l'échelle virtuelle, afin de localiser le quartier puis la maison et empêcher le meurtre.

Grâce à d'époustouflants effets numériques, Spielberg filme avec une virtuosité confondante la prévention d'un meurtre potentiel (mais est-ce bien le cas puisqu'il n'avait pas encore eu lieu et n'aura jamais lieu ?). Une ouverture virtuose à l'image d'un film brillant qui, malgré sa supposée longueur (2h30), ne souffre d'aucune baisse de rythme.

Pour le responsable de cette unité policière d'élite (l'inusable Max von Sydow), tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si le système ne sécrétait ses propres lacunes. Car il arrive parfois qu'un rapport minoritaire (d'où le titre original) décrive un meurtre déjà commis ou accuse un innocent d'un crime qu'il ne commettra jamais.

Ces rapports erronés, détectés avant le lancement de l'enquête, sont effacés et tenus secrets jusqu'au jour où l'agent John Anderton, joué par un Tom Cruise plus "Mission Impossible" que jamais, se retrouve accusé d'une exécution sommaire et l'objet de toutes les recherches policières (bel hommage à Stanley Kubrick et son "Orange mécanique" avec cet accéléré fulgurant des images du meurtre s'immobilisant sur le visage de Cruise en assassin).

Le film bascule alors dans une chasse à l'homme haletante et spectaculaire, truffée de rebondissements et filmée dans un futur aseptisé et inquiétant, où chacun est codé, détecté et fiché, tandis que Tom Cruise mène sa propre enquête, presque classique celle-là, pour remonter le fil d'Ariane qui le mène à cet instant crucial où sa vie bascule. "Parfois pour voir la lumière, il faut passer par les ténèbres" assène l'un des personnages à Tom Cruise qui descendra aux enfers, ce monde souterrain tapi sous la ville clean, mais affrontera aussi ses démons intérieurs qui le plongeront dans la nuit avant un épilogue salvateur.

Annoncé un peu niaisement comme le meilleur film de Steven Spielberg (il est absurde de vouloir jauger "Les Aventuriers de l'Arche Perdue" à l'aune de "E.T." ou comparer "La liste de Schindler" avec "Jurassic Park"), "Minority Report"" est en tout cas son film le plus sombre, celui où il tente d'approcher la part d'ombre de la condition humaine (le "côté obscur" de l'homme, débarrassé d'un manichéisme infantile).

Quant à savoir s'il a réalisé ici son film le plus adulte, il faudra probablement attendre qu'il se coltine au monde d'aujourd'hui car sa filmographie, excepté ses deux premiers films, se partage étrangement entre le passé et le futur mais ne se conjugue jamais au présent. 

Auteur :Patrick Beaumont
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