Critiques

Miraï, ma petite sœur : Quelques minutes après Miraï

La critique du film Miraï, ma petite soeur

Par Rayane Mezioud


Comme "Leto", il est malheureusement rentré bredouille (ou brocouille comme on dit dans le Bouchonnois) de la dernière édition du festival de Cannes qui a pourtant consacré de chouettes mais pas non plus inoubliables œuvres cinématographiques : "Girl", "Cold War, BlackkKlansman - J’ai Infiltré Le Ku Klux Klan", "Une Affaire De Famille"...

Pourtant, comme "Leto", "Miraï, Ma Petite Sœur", le dernier long-métrage d’un des noms les plus prestigieux du cinéma d’animation japonais à l’heure actuelle, Mamoru Hosoda, laissera peut-être dans nos têtes un souvenir plus fort que les vainqueurs de 2018.

Un moutard qui doit par le biais du fantastique et de l’imaginaire à apprendre à accepter et à surmonter un événement exceptionnel qui met sa cellule familiale sens dessus dessous, c’est le postulat de base de "Miraï, Ma Petite Sœur" et cela rappelle fortement "Quelques Minutes Après Minuit".

Si l’événement au centre de la claque cosmique que Juan Antonio Bayona nous assénait pour démarrer 2017 avait une dimension mortifère et doloriste, celui au centre de Miraï, Ma Petite Sœur (et que l’on devine facilement à la lecture du titre) marque quant à lui le début d’une vie.

Bien qu’opposés de par la nature du fait majeur autour duquel le récit va s’articuler, les bouleversements qu’ils apportent au sein de la famille des protagonistes respectifs (tous deux des garçons d’âges différents mais encore en plein dans l’enfance) et l’apport de la fantasmagorie pour faire face à ces chamboulements rapprochent donc ces deux films au point de faire de "Miraï, Ma Petite Sœur" une réponse même inconsciente à "Quelques Minutes Après Minuit".

Il y a tout de même un point sur lequel l’œuvre cinématographique de Juan Antonio Bayona reste supérieur à celui de Mamoru Hosoda, c’est sur l’agencement des différents épisodes oniriques le long d’un fil rouge narratif.

Le problème lié à la répétitivité était adroitement contourné par une structuration évitant de faire de chaque fantasme une unité narrative pouvant exister de façon indépendante au détriment de la continuité globale requise par le format du long-métrage.

critique-film-mirai-ma-petite-soeur
Miraï, ma petite soeur.


Chaque rencontre avec le monstre apportait quelque chose qui se mesurait non pas à l’aune de l’épisode qui vient de s’achever mais du scénario dans son intégralité. Chaque épisode était lié aux autres et suivait une progression dramatique allant crescendo.

Dans "Miraï, Ma Petite Sœur,", cette construction épisodique nuit à la cohérence de l’œuvre en tant que long-métrage tant chaque épisode ne se contente de répondre qu’à ses propres problématiques, des problématiques dont on devine très rapidement la solution parfois avant même qu’elles aient finies d’être posées.

La mécanique a beau être suffisamment bien huilée pour que chaque épisode soit une réussite, on regrette le fait qu’ils ne communiquent pas entre eux de façon à nous emmener vers un pinacle émotionnel réellement préparé depuis le début.

À partir du deuxième épisode, on sait que la fin de chaque morceau n’aura pas vraiment voire aucune incidence sur les suivants et que, en dépit de ce qui aura été accompli, on aura toujours l’impression de revenir au même point.

Ce choix, presque celui d’un recommencement éternel, peut pourtant trouver sa force dans la mesure où l’apprentissage, surtout lorsqu’on est un enfant aussi jeune que Kun, est toujours à parfaire et que prendre conscience de ses faiblesses puis les surmonter ne signifie pas que celles-ci ne referont jamais surface.

Après tout, il est cohérent de voir que ces quêtes dont les aboutissements respectifs marqueraient une amélioration de soi ne produisent pas vraiment d’effets définitifs tant Kun est encore petit et même, osons le dire, à la limite du sale morveux turbulent, égoïste et jaloux.

Si le portrait de cet enfant à qui notre instinct commande de remettre les idées en place d’une bonne taloche façon vieille école à chaque fois qu’il ose lever une main équipée d’un wagon miniature sur la tête de sa petite sœur peut paraître manquer de tendresse, il n’est absolument pas rédhibitoire pour l’attachement.

En effet, assez habile dans sa dimension psychanalytique pourtant jamais voilée, "Miraï, Ma Petite Soeur" rappelle par son montage qu’un enfant aussi jeune ne peut pas surmonter du premier coup sa part sombre mais qu’il peut être fait appel à son envie de bien faire et à son bon sens.

Finalement, plus que l’aboutissement à un être parfait, la confrontation entre ces deux composantes de son esprit produit un certain équilibre entre deux forces qui se retrouveront encore inévitablement à lutter l’une contre l’autre et c’est peut-être sous ce prisme qu’il faut juger la structure de "Miraï, Ma Petite Sœur".

Kun n’est pas le seul à échapper à une description filmique parfois un peu sévère puisque "Miraï, Ma Petite Sœur" dépasse régulièrement la gestion des conflits fraternels pour également souligner les failles familiales à imputer à d’autres de ses membres. On devine facilement que Mamoru Hosoda a inévitablement puisé dans ses expériences de père mais aussi de mari pour nourrir sa dernière œuvre au-delà de la restitution d’un regard de parent sur ses enfants.

"Miraï, Ma Petite Sœur" donne par exemple également le temps d’expression nécessaire aux difficultés d’un père temporairement au foyer facilement dépassé par le jonglage entre télétravail, obligations paternelles et pression exercée par une épouse stricte, mais avant tout rendue légèrement acariâtre par la pression à laquelle elle est sujette.

Allant au-delà de l’examen des difficultés rencontrées par une famille nucléaire, le film n’est jamais aussi émouvant que lorsqu’il nous entraîne dans une dimension existentielle vertigineuse alors qu’il confronte Kun aux différentes itérations fantasmagoriques passées et à venir des membres de sa famille, chien compris.

Il est assez bouleversant de voir la petite sœur du futur guider le grand frère du passé sur la voie de la sagesse et l’impact émotionnel ne s’en retrouve que renforcé sur tout spectateur membre d’une fratrie.

À l’image de ces rencontres entre Kun et certains membres de sa famille à d’autres époques, le rappel que ce sont des instants en apparence anodins qui ont été suffisamment puissants pour construire sa famille produit un effet dévastateur.

Ces petits riens qui se lient pour produire des choses si belles qu’elles les dépassent, voilà qui nous rappelle la colossale profession de foi qui guidait les Wachowski et Twyker sur "Cloud Atlas" mais aussi George Miller sur "Happy Feet 2".

Finalement, les carences structurelles pourtant facilement défendables de Miraï, Ma Petite Sœur ne sont que peu de choses face à tout ce qu’il peut proposer pour le cœur et pour l’esprit.

Traitées par le prisme d’un fantastique jamais rabaissé par une tentative malvenue de rationalisation et auquel on s’abandonne complètement, des problématiques familiales rappellent leur dimension universelle par un traitement poétique, touchant et spirituel.

Tous nos contenus sur "Miraï, ma petite soeur"
Toutes les critiques de "Rayane Mezioud"

ça peut vous interesser

Le Roi Lion : Le cercle du vide

Rédaction

Pour les soldats tombés : Action Jackson

Rédaction

Toy Story 4 : Terminer n’est pas jouet

Rédaction