7 décembre 2021
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Mischka : L’ours en peluche

Trois films en 24 ans. La rareté est souvent gage de qualité. Stévenin-le cinéaste revient 16 ans après l'étonnant "Double messieurs" (1986), film sur le difficile passage à l'âge adulte pour des trentenaires funambules. "Mischka" est à l'image de son réalisateur: excessif et donc imprévisible. Déroutant, séduisant, agaçant, le film avance en roue libre délivré du poids parfois écrasant d'une quelconque parenté avec tel ou tel cinéaste. Stévenin ne se réclame de personne (sauf peut-être de Cassavetes...) et réalise donc un film orphelin qui s'autorise toutes les audaces narratives et visuelles. La liberté est le mot qui caractérise le mieux ce cinéma marginal où des doux-dingues et des enfants qui ont grandi trop vite recherchent un équilibre familial qu'ils n'ont jamais eu.

Le début de "Mischka" nous invite à suivre Jeanne qui se fait appeler Jane (Salomé Stévenin), une adolescente de 15 ans qui est partie de chez elle avec son petit frère Léo pour rejoindre son père (Patrick Grandperret) sur la côte landaise. Soudain, Stévenin passe sans prévenir à un autre personnage, Mischka (Jean-Paul Roussillon) que son fils Robert (Yves Afonso) a abandonné dans une station d'autoroute. Placé dans un hospice, il en sort grâce à l'infirmier Gégène (Jean-François Stévenin) qui veut, quant à lui, aller voir sa fille Delphine. Le petit groupe va se croiser sur la route et sera bientôt rejoint par une gitane ex-choriste de Johnny, Joli Cœur (Rona Hartner). Chacun est à la recherche de quelqu'un et va trouver celui ou celle qu'il n'attendait pas. Jane se trouve un grand-père (Mischka) et une grande sœur (Joli Cœur), Gégène, une femme (la tante de Jane)...

L'histoire, aussi compliqué soit-elle par le montage non linéaire, avance en hésitant, en boitillant (d'où l'utilisation des jump-cuts: des sautes brutales dans le plan...) comme un alcoolique qui raconterait au milieu de la nuit sa vie, en passant d'une personne à une autre, d'une intrigue à une autre, en laissant des espaces vides que le spectateur peut combler à sa guise. On s'aime et on se déteste dans le même plan. Il faut voir Mischka et Gégène s'étreindre longuement ou Robert, l'obsédé de la musculation essayer de reconquérir sa femme qu'il aime par-dessus tout. La poésie n'est jamais loin dans "Mischka", ce film physique et sensible où les scènes poignantes et dignes (les retrouvailles de Jane et de son père) succèdent à la fantaisie (l'arrivée de Johnny Hallyday en hélicoptère...)... "Mischka" n'est pas un film stable, il en déroutera plus d'un, mais ce faux road movie, décalé et généreux, mérite le voyage

Auteur :Christophe RousselTous nos contenus sur "Mischka " Toutes les critiques de "Christophe Roussel"

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