7 décembre 2021
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Mischka : Torrents d’amour

Acteur prolifique et cinéaste rare (trois films en 23 ans !), Jean-François Stévenin est une personnalité extrêmement attachante qui pratique un cinéma qui lui ressemble, libre et franc-tireur. Car dans "Mischka", ce road movie à travers la France estivale, hors des autoroutes balisées et des sentiers (re)battus, le metteur en scène affiche une nonchalance décomplexée (raccords imparfaits, sutures négligées) qui lui permet de se concentrer sur la vérité de ses personnages et s'attarder sur ce qui fait le prix des relations humaines.

Dans "Mischka" circule ainsi un vrai désir de l'autre qui passe par le filtre détonant d'une caméra aux aguets. Ce qui importe alors, c'est la vérité du moment, la spontanéité et la justesse des comédiens, la fulgurance de ces instants précieux qui nous émeuvent tant cette tribu touche par une irréductible générosité, non formatée. Soit un beau film fragile et vigoureux, doux et rêche, charpenté et imprévisible. Un cinéma en phase avec le monde (l'Europe se donne rendez-vous dans cette France où les nationalités et les langues se confrontent) traversé par le désir, l'énergie et les sentiments.

Cousin hexagonal du cinéaste américain John Cassavetes, Jean-François Stévenin décline ici à sa manière la fameuse trilogie : liberté, égalité, fraternité. Soit la liberté de filmer avec ce cinéma à ciel ouvert (au sens métaphorique mais aussi au sens propre puisque Stévenin filme peu de scènes en intérieur, même les repas sont pris à la belle étoile), l'égalité entre les personnages (de 7 à 77 ans, personne n'est négligé ou relégué à l'arrière-plan) et enfin la fraternité humaine où la solidarité n'est pas qu'un concept ou le point d'orgue d'un beau discours.

De la cellule familiale à la famille recomposée en passant par la bande indéfectible (où se retrouvent les complices de toujours : Jean-Paul Roussillon, Yves Afonso, Patrick Grandperret et... Johnny Hallyday lors d'une magnifique séquence) sans omettre d'accueillir les nouveaux venus au gré des rencontres, le cinéma de Jean-François Stévenin est d'une éblouissante vitalité, au sens où c'est la vie qui importe même si le cœur du cinéma bat à l'écran au rythme de 24 images/seconde.

Auteur :Patrick BeaumontTous nos contenus sur "Mischka " Toutes les critiques de "Patrick Beaumont"

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