Critiques

Miss Marx : Le destin tragique de la fille du grand Karl

Par Stanislas Claude


Si le destin de Karl Marx est bien connu des nombreux exégètes qui ont analysé en profondeur l’œuvre du fondateur de la notion de communisme et auteur des pensums Le Capital et le Manifeste du Parti Communiste, celui de sa fille Eleanor est plus confidentiel.

Cette biographie de "Miss Marx" revient sur ses engagements socialistes dans le prolongement de ceux son père et son féminisme militant, mais aussi son errance sentimentale. Sa modernité est soulignée par une bande son très punk et divinement anachronique. Un film très classique, mais une plongée historique qui n’oublie pas l’essentiel.

Un destin de fille dans l’ombre du père

"Miss Marx" débute alors que Karl Marx décède en 1883. Véritable père des mouvements sociaux qui ont secoué le siècle, sa pensée philosophique a eu un retentissement considérable, jusqu’à ébranler le socle du capitalisme triomphant. Epaulé financièrement par son acolyte Friedrich Engels, il est devenu une idole populaire autant qu’un homme à abattre. Le film, "Le jeune Karl Marx", est revenu avec force sur cet édifiant parcours. Quant au documentaire, "Le Capital au XXIème siècle", il a souligné la toujours très grande actualité de ce mouvement de pensée. Mais il s’agit ici de l’histoire de sa fille Eleanor Marx, dite Tussy.

Brillante et cultivée, elle cherche sa voie. Le tout non sans éviter les embûches d’une vie sentimentale erratique. Le film s’appesantit énormément sur cet aspect. Il répète à l’envie que son compagnon Edward Aveling était infidèle et dispendieux, occasionnant des cheveux blancs inutiles. Les séquences politiques sont autrement plus intéressantes avec discours, digressions économiques et citations du père.

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Romola Garai - Copyright Vivo Film Tarantula
Une réalisatrice proche de la cause des femmes

Le précédent film de la réalisatrice Susanna Nicchiarelli, "Nico 1988", s’intéressait déjà à un personnage féminin, la chanteuse du Velvet Underground. Elle creuse ici un sillon féministe qui tente d’allier la cause des femmes à ceux des damnés de la terre. En véritable précurseur du genre, Eleanor Marx a planté les graines d’une pensée qui a fait du chemin jusqu’à aujourd’hui. Interprétée par la très convaincante actrice britannique Romola Garai, l’héroïne est douce et persévérante, en même temps qu’aveuglée par ses sentiments.

Un énorme défaut ! "Miss Marx" pêche par un anglicisme forcené qui oublie malencontreusement le multilinguisme des protagonistes. "Le jeune Karl Marx" faisait passer les personnages de l’anglais au français ou à l’allemand, c’était saisissant, c’est oublié ici. Que le grand sage Engels passe pour un tonton gâteau, passe encore, mais les temps étaient aux échanges transfrontaliers de la pensée communiste. C’est un peu passé sous silence.

"Miss Marx" est un portrait de femme forte et faible à la fois. Les contempteurs de Karl n’hésitent pas à moquer gratuitement le décès de sa fille, mais il semble ici que ce soit plus le fait de sa vie personnelle plutôt qu’à cause de l’engagement militant de son père. Pour en savoir plus, plusieurs biographies existent pour densifier ce destin d’une surprenante modernité. Beaucoup d’éléments concourent à cette impression. La musique au premier titre. Ce n’est pas l’aspect le moins surprenant.

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