2 décembre 2020
Critiques

Miss : Un film prometteur et d’actualité

Par Elisa Drieux-Vadunthun

"Miss" est le nouveau film de Ruben Alves, réalisateur de "La Cage dorée" (2013) et de "Yves Saint Laurent" (2014) avec Pierre Niney incarnant le protagoniste Saint Laurent. Ruben Alves nous présente un film sortant de l’ordinaire, surtout pour un film français. Osant aller de l’avant en abordant un des importants sujets de notre société : l’acceptation de soi face aux regards des autres.

Une société dans laquelle on a du mal à grandir, à cause des stéréotypes imposés, pour mieux diriger soi-disant. Parce qu’ils ont envie d’enfermer les individus dans des cases. Une société qui ne semble pas accepter notre décision de devenir celui ou celle que l’on a toujours rêvé de devenir. C’est ce sur quoi Ruben Alves se penche et essaie de nous montrer à travers un "Miss" touchant, plein d’ambitions et drôle à la fois.

Un casting on ne peut plus croustillant en comptant de surprenantes têtes d’affiches, surtout pour le personnage principal… Alexandre Wetters incarnant un homme qui rêve de devenir une femme. Non pas que nous n’ayons jamais vu cela, mais ce qui est troublant dans cette interprétation est que l’acteur Alexandre Wetters est complètement métamorphosé. Il incarne Alex se présentant au concours Miss France sous le nom d’Alexandra. Il est même presque plus beau que les autres femmes se présentant dans le film. Il va créer des envieuses…

Pour les autres personnages, on sera plus du côté comique et exagéré avec Thibaut de Montalembert incarnant Lola, une prostituée travestie. Nous n’avons pas l’habitude de voir Thibaut de Montalembert dans un tel rôle et cela est drôle à voir. Maniéré, essayant de profiter de chaque instant de la vie sans se contrarier, laissant les choses se faire seules. C’est plus que déroutant surtout depuis la série "Dix pour cent" où il apparaît très sérieux et engagé dans son travail d’agent de grandes célébrités. On ne l’attendait pas ainsi.

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Isabelle Nanty, Moussa Mansaly, Ruchi Ranjan et Thibault de Montalembert - Copyrights Warner Bros. France

Dans les autres personnages, on comptera Pascale Arbillot interprétant le personnage d’Amanda, celle qui dirige la préparation des miss. Une figure impressionnante, imposante, mais au fond bienveillante, et Isabelle Nanty jouant le rôle de Yolande. Elle n’est pas la mère biologique d’Alex, mais peu importe. Ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas du même sang, que cela les empêche de veiller l’un sur l’autre.   

 "Miss" nous parle de nos rêves d’enfant, d’adulte. Même en étant adulte on ne sait se retrouver dans cette société voulant diriger tout et à tout prix. Il n’y a que quand nous sommes enfant que nous sommes à peu près libre et que nous n’avons pas peur de montrer qui nous sommes réellement. Quand on est enfant on ne cherche pas à être quelqu’un d’autre pour plaire aux autres, à la société. On assume pleinement qui on est et on le crie presque sur tous les toits. Nous ne possédons pas cette notion qu’ont les adultes à vouloir se fondre dans la masse et parfois même risquer d’être personne pour ne pas être montré du doigt et ne pas subir de jugement.

Quand on est enfant on rêve beaucoup et les rêves dépassent même bien souvent la réalité de notre monde. On nous demande souvent ce que l’on désire devenir plus tard. Sans chercher si cela peut nous amènera bien assez d’argent ou si le métier ne compte pas trop de difficulté, on peut répondre : devenir pompier, médecin, vétérinaire, artiste, … et pourquoi pas Miss France ? Un peu original, surtout que lorsque l’on est un petit garçon de neuf ans… Pourquoi lui rigole-t-on au nez ? Après tout pourquoi ce concours présente bien d’une drôle de façon de traiter la femme.

C’est ainsi le défi que se donne Alex, décidant de se présenter sous le nom d’Alexandra pour plaire au public, au jury du concours. Il a toujours rêvé de faire partie de ce concours. Pourquoi ne le ferait-il pas ? Sa décision sera prise lorsqu’il fera la rencontre d’un homme sur son lieu de travail, au club de boxe. Venant expliquer aux jeunes comment il est devenu une célébrité dans la boxe, ce qu’il l’a poussé à dépasser ses rêves et enfin les réaliser.

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Ruben Alves - Copyrights Warner Bros. France
La liberté de vivre pleinement qui on est

 "Miss" n’est pas un film présentant simplement une personne coincée dans un corps androgyne, ne sachant pas si elle doit vivre en tant qu’homme ou femme, car elle se sent davantage une femme et désire au plus profond d’elle cela. Pourquoi réfléchir à ça et ne pas vivre tout simplement ? Si l’on se sent mal dans sa peau et que l’on souhaite changer de sexe à l’avenir pourquoi ce ne serait pas possible ? Des gens qui ne s’aiment pas tels qu’ils sont nés, avec l’impression que leur corps n’est pas le leur et partagés avec l’envie de s’assumer pleinement, mais en étant face à une société peu ouverte d’esprit, cela semble difficile…

Et si nous ne vivions plus cachés et que l’on osait se montrer au grand jour, sous notre vrai visage, que cela plaise ou non, à en jouer les provocateurs et culottés. C’est ce que décide de faire Alex ou plutôt Alexandra. Défier les archétypes autour de la femme, de ce concours réservé aux poupées Barbie et répondant à des « Pourquoi voulez-vous participer à ce concours ? ». Alex répondant simplement « Pour devenir quelqu’un. » Être quelqu’un dans ce monde ne laissant pas de place à ceux qui ne la trouve pas … Quelle triste morale.

Le stéréotype de la femme parfaite

Ce n’est pas le tout de devenir une femme, mais faut-il encore affronter ces bêtes noires que sont parfois les autres. "Miss" ne s'intéresse pas au thème du LGBTQ. Non ! Il s'agit d'un film dans lequel n’importe qui peut être concerné. En tant que femme je m’y suis tout à fait identifiée, alors que c’était un homme transformé en femme qui se présentait à l’écran, cherchant à trouver sa place et confronté aux injustices féminines. Ce n’est pas que l’histoire d’un homme désirant devenir une femme. N’importe quelle femme, n’importe quel corps peut se voir à travers l’interprétation d’Alexandre Wetters. On peut s’y reconnaître, car c’est surtout une recherche de soi, de son identité, de l’acceptation de soi, de son corps.

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Alexandre Wetter - Copyrights Warner Bros. France

Dans un monde où on nous dicte que porter du rouge à nos lèvres, du noir à nos jambes et des aiguilles à nos talons fera de nous une véritable femme. Qu’un 34 est mieux et que nos hanches ne sont pas développées pour accueillir un enfant, mais pour que l’homme pose son regard et ses mains sur celles-ci. Qu’une couronne nous rendrait plus heureuse et porterait notre sourire, en émerveillant enfin notre personnalité au monde. Quels messages nous a-t-on transmis là ? Un concours n’est finalement peut-être pas la solution à tous nos problèmes et ne nous rendra certainement pas plus belle ou plus intelligente en se gambadant sur une scène en maillot de bain.

 "Miss" est on ne peut plus ouvert d’esprit, engagé et ne prend pas à la légère la place de chaque individu dans la société. Pour la première fois, un film français et non un film d’auteur français, a réellement plu, appuyé sur des messages bien visés et bien tournés. Que retenir finalement ? Assumer, aller de l’avant et s’exprimer comme nous le souhaitons.

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