20 octobre 2020
Critiques

Mission: Impossible – Rogue Nation : Le haut de gamme !

Il faut profiter de cet estimable cinquième épisode des aventures d'Ethan Hunt pour dire tout le bien qu'on peut penser de cette série de films initiée par Brian de Palma il y a presque 20 ans. On croit même la préférer à la série des James Bond, jouant sur la même corde (action, cascades, humour, méchants très méchants) mais ronflant sur des acquis réactionnaires et machos (voir l'inutile "Skyfall" que le plutôt doué Sam Mendes ne réussissait pas vraiment à sublimer).

S'attacher à "Mission impossible" c'est d'abord, qu'on le veuille ou non, s'attacher à Tom Cruise. Ou plutôt à son vieillissement qui ne semble jamais avoir lieu… jusqu'à cet épisode justement. On ne niera pas que "Rogue Nation" use souvent du contre-jour et du grain de la pellicule pour  nous obliger à regarder ailleurs que ses rides ou son double-menton naissant. On se fout du battage sur son implication dans les scènes de combat ou les cascades - moins de gros plans s'attardent sur son visage, c'est un signe.

Usant de l'éloignement de la caméra pour faire durer l'illusion d'un acteur aussi propre et nickel qu'il y a 25 ans, cet épisode prend pourtant acte de son essoufflement par un autre moyen lié au scénario : au cours d'une mission, Ethan Hunt échoue à se sauver lui-même, c'est une autre espionne qui vient à sa rescousse : Ilsa Faust (l'étonnante suédoise aux origines britanniques Rebecca Ferguson). On échappe à l'icône glamour attendue (Léa Seydoux est finalement allée aguicher Daniel Craig) pour rencontrer une mystérieuse inconnue (littéralement, la discrétion de l'actrice affine le coup de foudre). Trentenaire aux traits plus matures qu'il n'y paraît, son regard plus désabusé qu'entreprenant semble vouloir constamment dire à Tom Cruise : « On a fait le job, c'est le cinquième épisode, tu veux pas qu'on se prenne une petite semaine ? »

Le reste du casting est assez chic (le bouffon Simon Pegg, le duo Alec Baldwin / Jeremy Renner, le fidèle Ving Rhames) et on sent la jubilation qu'a chacun à incarner un puissant, un comique, un ingénieur… Tous ces gens ont l'air de bien s'amuser et leur jeu est communicatif. Le seul point noir serait cet étrange méchant, pas effrayant pour deux sous et plutôt mal incarné par un frêle et fade Sean Harris.

Le second attrait de "Mission Impossible" est qu'il dessine assez bien, en 20 ans, une filmothèque idéale de blockbusters d'auteurs. Brian De palma y a projeté son obsession du complot, de la transparence et du liant que peut être un plan à la grue; John Woo y a confirmé son ticket pour Hollywood (avant de le perdre bizarrement après "Paycheck"); J.J. Abrams y a fait ses armes sur grand écran; Brad Bird y a rejoué  les indestructibles  en mode majeur. Ici, Christopher Mc Quarrie (plus connu pour être l'auteur d'"Usual Suspects" et de "Edge of Tomorrow) ne s'en sort pas mal sans atteindre la perfection de ses prédécesseurs. Ce cinquième volet est donc moins immédiatement fascinant. Il s'attache néanmoins à une virtuosité nécessaire dans la mise en scène et s'applique consciencieusement dans l'exercice du ‘range-focus'.

Appelé chez nous ‘bascule de point', cet artifice technique devient la marque de fabrique de ce cinquième épisode. Il permet, entre autres, de lier en un plan fixe une action, puis une autre, en modifiant la mise au point de l'arrière plan au premier plan, ou l'inverse. Faisant l'économie du montage ou d'un mouvement compliqué, le range-focus crée des plans-séquence à moindre coût, toute proportion gardée car Hollywood sait encore faire exploser une voiture, basculer le point sur le premier plan ou Simon Pegg surgit de nulle part pour récupérer ses comparses, tout ça dans un timing parfait. La bascule de point nous donne à voir aussi la rapidité d'esprit des personnages, comme quand Ethan Hunt récupère un fusil de sniper. Dans la même image, il tourne la tête, le point bascule sur une balle à ses pieds, il s'en empare, le point rebascule sur Tom Cruise qui charge l'arme. Le tout en une fraction de seconde.

Ce gimmick est un effet de style fortement inspiré des films de John Mc Tiernan dont l'ombre plane sur toute la série, véritable prolongement stylistique des "Die Hard" : même envie d'humour dans l'action, même lisibilité constante du montage, même chorégraphie du malmenage de stars (hier Bruce Willis, aujourd'hui Tom Cruise : les corps sont projetés, bringuebalés, secoués comme dans un film d'animation - ce n'est pas pour rien qu'on a fait appel à Brad Bird pour "Protocole Fantôme" par exemple).

On retrouve enfin dans cette cuvée le même plaisir qu'avait Brian de Palma à éprouver l'intime au sein du collectif en faisant advenir un événement secret mais majeur (une conspiration/un meurtre) pendant un événement public. Ici, on fait un clin d'œil au Hitchcock de "L'homme qui en savait trop" lors d'une exaltante séquence à l'Opéra de Vienne.

Passons outre la réhabilitation d'agences de renseignement frondeuses à la limite de la légalité (« à situations exceptionnelles, mesures exceptionnelles », on serait pas loin de rouvrir Guantanamo) car le film ne se prend pas assez au sérieux pour lui soupçonner une quelconque velléité géopolitique. En revanche, si vous ajoutez aux ingrédients cités plus hauts, un habile scénario tout en chausse-trappes et retournements d'actions qui font qu'un chat devient vite souris, vous obtenez de ce "Mission Impossible-Rogue Nation" un divertissement très haut de gamme qu'il serait vraiment sage de préférer à "Ant-Man" ou aux "4 Fantastiques".

Auteur : Fredéric Hauss

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