8 décembre 2019
Critiques

Mommy : Le génie prometteur

"Mommy", le cinquième film tant attendu de Xavier Dolan méritait largement la reconnaissance du jury cannois. Après "J'ai tué ma mère", "Les Amours imaginaires", "Laurence Anyways" et "Tom à la ferme", le jeune prodige creuse son sillon en peignant la vie d'une classe moyenne très moyenne. "Mommy" nous présente des personnages que l'on dirait en marge de la société, mais dans lesquels nous ne pouvons que nous reconnaître à une époque où la marge s'élargit de plus en plus.

Le film raconte l'histoire de Diane « Die » et de son fils Steve, un adolescent souffrant d'un fort Trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH). Lorsque Steve est expulsé du centre spécialisé dans lequel sa mère l'a placé après le décès de son père, Diane se retrouve seule à s'occuper de l'adolescent imprévisible. Lorsqu'ils font la connaissance de Kyla, leur voisine d'en face, ancienne enseignante qui a dû quitter son travaille pour cause de troubles de plus en plus handicapant du langage, ils retrouvent une forme d'équilibre malheureusement provisoire…

Pour raconter cette histoire, Dolan retrouve ses deux actrices fétiches, Suzanne Clément (magnifique dans "Laurence Anyways") et la stupéfiante Anne Dorval, aussi à l'aise dans la peau de Criquette Rockwell ("Le cœur a ses raisons", série culte parodiant les soap-operas célèbres) qu'en figure maternelle désespéré comme Dolan sais les dépeindre depuis "J'ai tué ma mère" jusqu'à "Mommy". Antoine-Olivier Pilon dans le rôle difficile de Steve est d'une justesse désarmante, rendant le personnage aussi inquiétant (car imprévisible) qu'attachant.

La mise en scène est peut-être moins précieuse que celle de ses précédentes réalisations, l'audace cinématographique vient surtout du choix du format 1 : 1, soit un carré parfait qui encadre la plus grande partie du film, l'étroitesse du cadre rend compte du peu d'espoir qui anime la réalité de Die et Steve. Ce resserrement nous invite aussi à ne plus être simple spectateur passif mais à nous impliquer dans la vie des personnages, la proximité induite par cette lucarne ne nous laisse pas le choix.

Certaines scènes relèvent du pur bonheur cinématographique, et on en oublierait presque le kitsch des choix musicaux de Dolan. Céline Dion, Andrea Bocelli et Laura Pausini… Cette variet' qui tient une place énorme dans la culture de ses personnages et qui d'ordinaire nous ferait gentiment sourire prend un sens nouveau ici. Dolan phagocyte toutes ses influences pour dresser le portrait le plus juste et le moins caricaturale possible, et il y réussi une fois encore.

Nous sommes avec "Mommy" à la croisée des chemins des éclats formels des "Amours imaginaires", du regard plus personnel de "Tom à la Ferme", du quasi autoportrait de "J'ai Tué ma mère", et de l'approche plus grand public de "Laurence Anyways". Alors qu'il a atteint une forme d'équilibre que certains cinéastes trois fois plus âgés luttent encore pour atteindre, on s'en voudrait presque de qualifier le petit génie de 25 ans de « prometteur » tant en 5 films, les promesses ont déjà été tenues.

Auteur :Gabriel Carton


Les avis de nos lecteurs :
"Après avoir été surprise par le format de l'image, j'ai été prise dans le feu de l'action. Un film coup de poing, coup de coeur pour moi. Pourtant, en général, j'ai du mal avec les films où un jeune homme "difficile", un peu délinquant est présenté comme sympathique. La mère est formidable ! Un peu dépassée mais qui ne le serait pas avec un tel enfant ? Beau personnage aussi que celui de la voisine, Kyla, pour laquelle on ne saura jamais ce qui s'est passé dans son histoire personnelle avant la rencontre avec Steeve et Diane. "Mommy" et "Geronimo" sont les 2 films, parmi ceux (très nombreux!) vus ces dernières semaines, et qui m'ont le plus marquée."

Monique Debarbieux (59100 Roubaix)


"Le réalisateur et les acteurs sont sympathiques. Il est dommage que la présentation ait lieu avant le visionnage du film, ce qui restreint les questions et les réponses. Je ne savais pas à quoi je m'attendais quand je suis allé voir le film. J'ai été surpris en bien, le film se déroule un peu à la manière d'un documentaire. Le format,  un peu particulier nous enferme dans un univers restrictif, au rythme de l'esprit tourmenté de Steve. On se plonge rapidement dans cette univers plein d'émotions et d'amour. Bouleversant ! Je le conseille à tous".
 
Gilles Bruynooghe (59130 Lambersart)


"Je ne connaissais pas les oeuvres précédentes du réalisateur, j'ai donc visionné ce film sans aucun à priori ou attentes particulières. Mais je dois avouer que "Mommy" a vraiment été une des révélations de cette année. Les acteurs sont vraiment justes dans leur interprétation et l'on peut ressentir la complexité des sentiments des rapports mère-enfant passionnels et fusionnels. Au delà de cette histoire le troisième personnage (la nouvelle voisine), énigmatique, attachant, avec ses failles donne un nouveau souffle à cette relation mère-fils. La réalisation, le choix du cadre 35 mm et la bande son donnent une vraie énergie et une intimité à cette histoire sans tomber dans le pathos. Une vraie démonstration d'intensité des sentiments tant dans la brutalité, l'amour, la joie, l'incompréhension, l'impuissance, l'espoir. On rit, on sourit, on s'inquiète. De plus, il y a vraiment une magnifique scène de bonheur partagé, la balade en vélo, qui m'a vraiment emplie de bonheur également. Un moment de grâce. De ces moments parfois courts, mais qui font oublier tous les moments difficiles et malheureux. Au delà de ça, la présentation du réalisateur et des acteurs avant le film a été très agréable et Xavier Dolan n'a pas manqué d'évoquer une jolie petite anecdote sur une précédente venue sur Lille qui a évidemment fait mouche. Bref, trois personnes qui semblaient facile d'accès, sans langue de bois, avec une réelle complicité. C'était donc une soirée vraiment très agréable, surprenante et je n'ai pas manqué d'en faire la promo autour de moi."

Cécile Banzet (59000 Lille)


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