24 janvier 2022
Critiques

Mommy : Touchant et réussi

Six mois après la sortie sur les écrans français de "Tom à la Ferme", Xavier Dolan nous revient cette semaine avec "Mommy" (distribué par Diaphana), film dans lequel il ne joue pas (même s'il adore jouer et se sent avant tout acteur, Xavier n'a pas vu de rôle pour lui dans ce film). "Tom à la Ferme" étant pour moi le meilleur film de l'année 2014 jusqu'ici, j'attendais un peu au tournant "Mommy", d'autant que le sujet m'effrayait un peu (on pourrait sombrer dans le mélo, et j'ai horreur de ça).

Pour son retour à l'écran, Dolan n'a pas choisi la voie de la facilité : le sujet est assez dur et pose un cas de conscience, à savoir que faire face à un fils qu'on aime, mais qui ne maîtrise plus ses accès de violence au point parfois de menacer la vie de sa mère (le film même s'il est totalement différent de "Tom à la Ferme" dans son approche, présente néanmoins beaucoup de points communs avec ce dernier : la relation à la mère, la violence du fils, l'arrivée d'un étranger dans le cercle familiale qui redonne de l'espoir...).

Heureusement, dans "Mommy", le réalisateur évite l'écueil du tomber dans le mélo, voire le misérabilisme et cherche surtout à nous montrer comment ces trois personnes, dont la vie n'a pas été facile, essaient de construire un peu de bonheur autour d'elles, avec de petits riens (notamment une impro sur une chanson de Céline Dion, « leur trésor national » - le film est truffé de musiques qu'on n'imaginerait pas dans du cinéma indépendant). Ce qui donne lieu à des scènes extrêmement fortes comme où Steve roule sur un caddie en plein milieu de la route, balançant les courses sur les voitures qui le klaxonnent. Au moment où il crie liberté (et cette scène fera écho dans la scène finale), l'écran qui est en format carré s'agrandit soudain pour retrouver sa forme normale de rectangle (Dolan joue plusieurs fois avec les formes de l'écran – le retour au rectangle semblant symboliser les moments où l'espoir point de nouveau son nez pour les trois héros).

Les héros sont d'ailleurs incarnés par trois acteurs formidables : Suzanne Clément (la voisine pour qui je n'ai eu aucune empathie. Son personnage reste assez mystérieux, j'ai eu l'impression qu'elle a à un moment « péter les plombs », ce qui avait causé le renvoi de son poste et ses troubles de la parole), Anne Dorval (fantastique) et Antoine-Olivier Pilon (17 ans ! il est tellement impressionnant qu'il arrive même à faire peur au spectateur, je lui ai même trouvé un côté Jack Nicholson dans "Shinning"). En somme, un film touchant et très réussi, qu'on n'a pas l'impression d'avoir vu déjà 1000 fois (ce qui change) et qui confirme le talent de Xavier Dolan qui, je le rappelle, n'a que 25 ans !

Auteure :Karine Lebreton Tous nos contenus sur "Mommy" Toutes les critiques de "Karine Lebreton"

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