19 novembre 2019
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Mon beau-père, mes parents et moi : Le mariage à tout prix

Depuis des temps immémoriaux, Hollywood a la désagréable habitude de créer des "fads", c'est à dire mettre des séquelles et autres remakes en auto-gestation pendant un bout de temps pour les ressortir le moment venu. Cela dit, Hollywood a parfois du flair et se rend compte que la tarte aux navets peut se manger froide voire sortie du congélateur (prenons les cas de "Before Sunrise" et de "Before Sunset", pour lesquels il y a eu une dizaine d'années d'intervalle). Cependant, et en l'occurrence, il aurait peut-être fallu attendre plus longtemps pour ressortir quoi que ce soit et vouloir donner une suite à un film déjà fort peu enthousiasmant.  

Vulgaire, déjanté, dégoûtant ou juste rarement drôle, "Mon beau-père, mes parents et moi" a bien du mal à s'inscrire dans un quelconque registre. A vouloir trop en faire, le tâcheron Jay Roach perd le spectateur dans sa nébuleuse de gags à gogo et abuse de l'aspect "nez rouge" de ses comédiens. C'est pourquoi, on se retrouve rapidement avec un pseudo-Austin Powers, quatrième du nom, où Powers présenterait sa future compagne à ses parents ! Bref, on passe du n'importe quoi général à la réconciliation puant les bonnes valeurs consensuelles américaines en deux battements de cils.

Du côté de l'interprétation, il s'agit de caricatures à l'extrême qui illustrent des équations morales qui n'étonneront évidemment pas nos chers texans : Dustin Hoffman et Barbra Streisand forment un vieux couple de juifs obsédés par le sexe (sexualité = hippies = anormal) tandis que Robert de Niro et sa partenaire sont à l'extrême opposé et n'ont de rapports qu'une fois par an (pas de sexe ou presque = couple modèle = normalité absolue = rien à se reprocher). Et, en effet, plus qu'une comédie, "Meet the Fockers" puisque c'est le titre original, a la prétention sous-jacente de pouvoir traiter de la vie sexuelle des américains, et ce, sans mettre le moindre doigt dessus si j'ose dire.  

Autre problème du film : l'interchangeabilité dans tous les domaines. Les personnages, les situations et les décors sont ultra convenus tant et si bien que les dialogues sentent l'aseptisé ou le formol au choix. Aussi, Teri Polo aurait pu se substituer à Cameron Diaz pour ce qui aurait dû s'appeler "Mary m'a tout pris" avec, toujours et encore, Ben Stiller, qui tirerait son épingle du jeu. Reconnaissons-le : même confiné au plus douloureux et poignant navet du dimanche après-midi de notre sixième chaine (d'ailleurs, j'en conviens, ce film a un sérieux potentiel pour remplir une case chez M6), Ben Stiller en ressortirait la tête haute.  

Enfin, "Meet the Fockers" étant traduit par "Mon beau-père, mes parents et moi", ceci écarte d'emblée toute tentative de jeu de mot avec ce juron de la langue anglaise, qui annonce déjà la réconciliation finale et rend anormal le malaise des beaux parents Focker une fois leur nom prononcé à l'écran.

En définitive, vous l'aurez compris, s'il faut donner sa chance à ce petit film sans envergure, il vaut mieux le faire en version originale. Sinon, on passe volontiers son chemin.    

Auteur :Houmann Reissi
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