19 septembre 2019
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Mon fils à moi : Mérite le déplacement !

Comment se débrouiller pour grandir lorsque votre mère est un croisement entre folcoche et la maman de Forest Gump ? Pour son premier long métrage, Martial Fougeron a choisi un sujet difficile. Heureusement, il n'est pas tombé dans le pathos et la sensiblerie. Il nous dépeint un drame dont les protagonistes sont une mère possessive et un fils aimant. La fin est presque connue, le pire est arrivé mais à qui ?
 
Il faut reprendre l'histoire à son début pour comprendre comment l'amour filial peut conduire à la haine. Maman (Nathalie Baye), Papa (Olivier Gourmet), Suzanne (Emmanuelle Riva) et Julien (Victor Sévaux) forme une petite famille parfaite. Papa est professeur, il travaille beaucoup et tard. Maman est femme au foyer. Son intérieur est impeccable et ses enfants sont bien élevés. Suzanne poursuit ses études à l'université tandis que Julien partage son temps entre le collège, le foot et le piano. Mais bien vite la peinture se craquelle pour laisser apparaître un tableau bien différent. La mère entretient un rapport ambigu avec son fils, amour possessif, exclusif et destructeur. Elle se débrouille doucement pour en exclure les autres. Le père, c'est déjà fait, et depuis longtemps. La mère gère la maison d'une main de fer et le père n'a pas son mot à dire. Il a démissionné, et il se réfugie dans ses copies, son sport. Il reste la fille, que l'on s'ingénue à faire quitter le domicile. Le piège se referme. Le huis clos devient suffoquant. Le réalisateur montre à merveille comment l'espace de Julien se rétrécit, comment tout ce qui faisait sa vie disparaît peu à peu, à chaque crise de sa mère : le foot, le piano, les visites chez la grand-mère…. Jusqu'à réduire la vie de l'enfant à l'unique relation mère-fils. Ce sentiment est renforcé par l'épuration matériel de la vie de Julien : réduction de ses lieux de vie, chambre résumée au minimum vital.
 
« Mon fils à moi » est terrifiant tant il est simple, tant la démonstration est réussie. Les sentiments ne sont pas exagérés, la mise en scène, épurée, est soignée, et l'interprétation est impressionnante et très juste. Celle de Victor Sévaux, d'abord, l'adolescent est particulièrement convaincant en fils aimant, dont la seule réponse est une rébellion silencieuse… forcément : refus de manger, chute de résultats scolaires, se raser le visage…
 
Nathalie Baye, ensuite, est déroutante en mère perverse et castratrice. L'actrice ne cesse de nous étonner et de nous surprendre. Elle est encore là où on ne l'attendait pas. La méchante est plus que réussie. Elle incarne subtilement cette mère qui se refuse de vieillir et qui cherche vainement à échapper à cette réalité en empêchant son fils de grandir, tout en le considérant comme son homme. Cette mère est plus qu'étouffante, elle est perverse, castratrice, manipulatrice, et aussi une maman souriante, dévouée et tendre. Martial Fougeron a réussi à retranscrire la violence psychologique avant la violence physique. Sa mère est monstrueuse, son fils est une victime-complice de la tragédie qui se joue : ils dansent ensemble, s'harmonisent, se répondent. Le pas de deux est parfait. Trop peut être…
 
« Mon fils à moi » est sans conteste très intelligent et très bien mené. Nul n'en ressortira totalement indemne. Pourtant, je garde quelques réserves. La première sera sur le rythme. En dépit de ses 1h30, le film apparaît bizarrement long. L'ennui guette parfois. La tension n'est pas constante. Même si elle va crescendo, elle est mal tenue. A cause de cela ou en plus de cela, le film apparaît trop lisse, trop intellectuel peut être. Le spectateur n'est pas emporté. Le drame ne l'atteint que partiellement. On est touché, on s'interroge, on s'attendait cependant à être bouleversé, en colère. Les sentiments éprouvés nous semblent trop mesurés à la lumière du drame.
 
Il reste que, intéressant et pertinent, « Mon fils à moi » mérite le déplacement pour ses nombreuses qualités.
Auteur :Magali Contrafatto
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