28 octobre 2021
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Mon père est ingénieur : Critique

Cinéaste engagé, militant de toujours, Robert Guédiguian ne cesse de partager sa vision à la fois désabusée et volontariste d'un monde qui s'éteint. Guédiguian filme la fin d'un monde où tout ou presque est à refaire, à reconstruire, à réinventer. Allant à l'essentiel, mais sans simplisme, le réalisateur de "Marius et Jeannette" et de "Marie-Jo et ses 2 amours" tente de rassembler les gens quand tout concourt à les diviser. D'où son désarroi, son incompréhension, sa rage mais aussi son espoir. Ainsi, cette très belle scène où les habitants d'un quartier, pour une fois, se réunissent pour dire non à l'expulsion de certains, pour enfin dire non tout court.

Comme souvent, Guédiguian a choisi sa muse Ariane Ascaride pour personnifier cet être qui dit non aux puissants et qui dit oui aux exploités, aux petites gens. Natacha, son personnage, est une femme qui a choisi de rester proche des gens, dans son quartier, pour les soigner, réparant autant les blessures de l'âme que celles du corps. Comme une seconde nature, elle ne peut enfouir son militantisme de chaque jour, au risque de paraître moralisante et irritante pour certains. Ce n'est pas un mystère, Guédiguian ne peut voir le monde et le refaire que du côté des exploités. Toute part autobiographique est donc purement réelle.

Malheureusement, "Mon père est ingénieur" est bizarrement articulé autour de trois dimensions : la symbolique religieuse, le flash back et le présent. Explications : un jour, Natacha est découverte à son bureau muette, vivante mais hors du monde. Elle ne parle plus, et ses parents doivent s'occuper de ce corps sans âme apparente. Pour la faire revenir à elle, ils appellent Jérémie (formidable Jean-Pierre Darroussin), son amour de toujours, qui lui a choisi l'humanitaire et l'éloignement. Il va découvrir les dessous du choc psychologique pour récupérer Natacha. Ce qui peut gêner, ou détacher le spectateur, c'est la superposition de cette histoire avec la Pastorale, qui est la vision de la naissance du Christ en Provence. Natacha est Marie. Jérémie est Joseph. Et tous se rassemblent pour un nouveau départ.

On retiendra donc la volonté chez Guédiguian avec "Mon père est ingénieur" de rassembler, de se battre, encore et encore, malgré le sentiment de ne pas être écouté, qui amène parfois cette rupture, ce choc du militant ébranlé non dans ses convictions mais plutôt par ce mur de bêtise toute humaine. Alors, « On arrête ? On continue ? », comme le dit le leitmotiv du film. On continue !

Auteur :Alessandro Di GiuseppeTous nos contenus sur "Mon père est ingénieur" Toutes les critiques de "Alessandro Di Giuseppe"

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