21 novembre 2019
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Mon petit doigt m’a dit : Attention l’ennui guette

Quel est le point commun entre Julie Lescaut, Derrick, Hercule Poirot et Sherlock Holmes ? Elémentaire, mon cher lecteur ! Ils sont tous des personnages de récits policiers. Et par définition, ils ennuient pendant la majeure partie de leurs aventures jusqu'à la révélation finale. Car, le récit policier n'existe finalement que par ses dernières minutes ou pages. Même si la qualité d'écriture est étincelante, l'attention du lecteur –ou du spectateur- est uniquement tournée vers le dénouement et rien d'autre.

Considérée comme la reine du genre, Agatha Christie respecte bien sûr scrupuleusement cette règle. Agatha Christie, qui justement amorce son passage sur grand écran. Une nouvelle fois. Cette fois-ci, c'est Pascal Thomas qui s'en charge. Une apprentie détective, Prudence Beresford (Catherine Frot dans le film), en compagnie de son mari Bélisaire (André Dussollier), cherche à découvrir pourquoi une vieille dame aux allures d'illuminée a quitté précipitamment la maison de repos dans laquelle sa tante finissait ses jours ? Pourquoi lui a-t-elle offert un tableau représentant un étrange manoir ? Pourquoi parle-t-elle d'un enfant derrière une cheminée ?

Autant de questions auxquelles le film ne répond qu'à peine. Et c'est là la seule véritable surprise finale. Il serait déplacé, bien sûr, de révéler la fin. Mais, il est surtout très difficile de l'énoncer. C'est bien tout le problème de Mon petit doigt m'a dit. Non pas que le scénario soit faible mais plutôt que le réalisateur oublie de travailler le rythme. On s'ennuie quelque peu durant l'enquête mais l'on supporte cela tant l'attente de la révélation est grande. Et la non-brisure du rythme plat, l'absence d'une soudaine montée d'adrénaline laissent le spectateur baigner dans sa torpeur. En fait, Mon petit doigt m'a dit inverse la recette traditionnelle du policier.

Une heure et demie plaisante et charmante et un dernier quart d'heure lent et sans véritable coup de théâtre. Heureusement que Pascal thomas parvient à créer une atmosphère ludique, légère mais qui n'oublie pas le côté grave de l'enquête. C'est un étrange mélange de comédie et de « doux thriller » auquel on assiste. Même si le manque de rythme se fait parfois cruellement sentir, le spectateur peut toujours se raccrocher aux images qui évoquent délicatement les années 30 (notamment par le choix des filtres de couleurs présents mais pas étouffants) et qui tranchent avec une action contemporaine. Tous les gestes, toutes les attitudes évoquent un autre temps pendant que l'environnement appartient bien à notre époque. A tout cela, ajoutons que le réalisateur choisit de délocaliser le récit de l'Angleterre vers la Savoie, région plongée dans une sérénité très suisse mais qui peut se réveiller subitement lorsqu'il s'agit d'enquêter sur le voisin. Joyeuse peinture de la ruralité et de la montagne, Mon petit doigt m'a dit n'oublie pas de construire quelques figures pittoresques et vivantes.

Au final, on songe volontiers au très réussi Mystère de la chambre jaune de Bruno Podalydès qui lui aussi avait réussi à retranscrire sur grand écran l'atmosphère des vieux récits policiers. Il est plaisant de voir une production française sortir du lot tout en restant accessible à tous. Et pourtant, Mon petit doigt m'a dit ne laissera pas un souvenir impérissable. Et c'est bien dommage. Car, ce film on avait envie de l'aimer, de le défendre et de le conseiller à son voisin. Mais, sans aucun rythme, loin donc de son grand-frère Le Mystère de La Chambre Jaune, Mon petit doigt ennuie plus qu'il n'accroche.

Attendons donc Le Parfum de la Dame en noir. Toujours signé Bruno Podalydès.

Auteur :Matthieu Deprieck
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