Critiques

Mon Roi : La critique

Il y a des films que vous hésitez à voir. Parce que le sujet vous fascine et que vous avez peur de ne pas en sortir indemne. D'autant qu'on vous a prévenu par SMS, qu'on vous a dit "ne vas pas voir ce film... Il va te bouleverser". Et puis un soir, où vous réalisez que c'est fini, que vous ne croyez plus en l'amour, vous vous décidez à y aller, vous qui n'avez plus grand chose à perdre. Vous prenez votre billet, vous vous installez dans un coin isolé, seule dans le noir et vous plongez dans "Mon Roi", le nouveau film de Maïwenn.

Vous vous laissez alors happer par l'histoire de Tony, petite quarantaine, avocate pénaliste, qui avance dans la vie sans plus vraiment attendre ni croire au grand amour (faute à un ex mari, un brun goujat qui l'a quelque peu traumatisée). Indépendante, forte, posée, joyeuse malgré tout, elle croise un soir de fête le regard du charismatique Georgio, qu'elle ne pourra plus quitter. Elle l'avait remarqué 20 ans plus tôt quand elle était serveuse dans une boite de nuit et qu'il la fascinait déjà à séduire tous les soirs une jeune femme différente, sans jamais la voir, elle. Georgio, c'est le flambeur, le type qui brûle la vie par les deux bouts, qui use et abuse de tout (de la drogue, des mannequins, de l'argent, de l'amour). Dangereux, car égoïste et insouciant, vivant dans l'instant sans se préoccuper des conséquences, incapable de passer à l'âge adulte. Du coup fascinant pour Tony qui se laisse prendre dans ce tourbillon de bonheur que lui offre Georgio, jusqu'à ce que la réalité reprenne ses droits. La chute n'en sera que plus vertigineuse.

Ainsi, avec "Mon Roi", Maïwenn délaisse le faux documentaire et revient à des sujets plus personnels (elle se serait inspirée de son histoire avec Jean-Yves Le Fur) pour nous donner sa version de l'amour passion : un amour dévastateur, fait de haut et de bas, un amour dont on n'arrive pas à se sortir. Ce qu'on peut assurément en dire, c'est que certains resteront hermétiques à cette histoire, le côté hystérique de son héroïne (qu'on trouve personnellement tellement "normale" dans ses excès) pouvant même créer une réaction épidermique.

Il est d'ailleurs évident que "Mon Roi" est loin d'être parfait et souffre de ses nombreux défauts. La partie dans le centre de rééducation, par exemple, en plus de faire un analogisme douteux entre la guérison du genou de Tony et sa volonté de cicatriser d'une histoire dont elle ne veut plus (la psy allant même jusqu'à dire que Tony a volontairement casser son genou, ou son "je, nous"), est plutôt ratée voir totalement inutile (Tony sympathise avec des jeunes sportifs de la banlieue, avec qui elle n'a rien en commun. Et ?).

"Mon Roi" a enfin le tort de négliger ses personnages secondaires (Louis Garrel, pourtant formidablement drôle dans le rôle du frère cynique et désabusé, et Isild Le Besco, totalement inexistante), à tel point même qu'il les abandonne carrément en cours de route, ce qui est fort dommage car ils permettaient d'installer un contrepoint à la vision de Tony, femme torturée certes mais peut-être pas totalement innocente.

Mis à part ça, si on passe outre les défauts du film, et on décide de se laisser embarquer dans cette histoire d'amour bancale, on passera deux heures d'une rare intensité, la réalisatrice ayant inscrit dans son film toute sa sensibilité (et sûrement son ADN dans l'héroïne). On va donc souffrir avec Tony (Emmanuelle Bercot, co-scénariste de "Polisse", récompensée par la palme à Cannes pour ce rôle), prier pour qu'elle quitte cet homme nocif, ce "roi des connards" comme il se qualifie lui même dès leur première nuit (on arrivera pourtant jamais à détester complètement Georgio, ce qu'il s'explique sûrement par l'interprétation fantastique de Vincent Cassel, au meilleur de son art, toujours dans la nuance, ne sombrant jamais dans la caricature). Puis on finira par la comprendre, on trouvera aussi des excuses à Georgio (notamment une incapacité à gérer le rejet : il n'est vraiment méchant que quand Tony lui fait comprendre qu'elle n'en peut plus, qu'elle n'en veut plus et qu'elle veut tourner la page)...

D'ailleurs, comme le dit avec raison Georgio, on quitte les gens pour les mêmes raisons qui ont fait qu'ils nous ont plu au premier abord. On peut alors se demander si Tony n'a pas choisi en connaissance de cause de tomber amoureuse de celui qui ne pourrait pas lui apporter la petite vie tranquille dont elle pensait rêver, si elle n'est pas depuis le début une victime consentante ? Toujours est-il que la réalisatrice n'épargnera aucune souffrance à son héroïne, et se gardera bien de lui apporter le salut, la seconde chance qu'on espérait tant. Vous êtes donc prévenu, il n'y aura pas de happy end (mais vous l'aviez compris dès le début que ça ne finirait pas sur un "et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants"). Enfin pas au sens habituel du terme...

Parce que oui, en allant voir "Mon Roi", vous aussi, vous serez peut-être "découragé d'aimer". Ou bien au contraire, et de manière surprenante (si vous êtes un peu maso), ce film vous fera un bien fou et vous sortirez de la séance avec qu'une seule envie : celle de tomber follement amoureux (alors que deux heures plus tôt vous n'y croyiez pourtant plus du tout). Tout ça à cause d'un sourire de Tony à la fin du film, d'un regard amoureux qu'elle pose sur Georgio, intact après dix années d'un amour tumultueux, qui vous feront dire que l'amour même en forme de montagnes russes, ça vaut toujours la peine.

Auteure :Karine Lebreton
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