13 décembre 2019
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Monsieur N : Captivant !

D'ordinaire, je n'aime pas trop les films historiques tel potentiellement "Monsieur N", parce qu'ils ressemblent à des manuels scolaires d'histoire mis en images avec une froide distance qui nous empêche de vibrer, parce qu'ils ont ce petit côté rébarbatif.

Toutefois, en choisissant de raconter cet épisode de l'Histoire Française sous la forme d'une énigme policière, Antoine de Caunes signe avec "Monsieur N" un film captivant où les personnages sont des êtres humains de chair et de sang.

La reconstitution de l'époque est ancrée dans la réalité des faits tout en étant modernisée. « Il n'y a qu'une bataille importante, c'est la dernière » : cette phrase de Napoléon est le fil conducteur du film et du mystère de l'île de Sainte-Hélène.

En 1815, le lieutenant Heathcote, aide-de-camp d'Hudson Lowe, gouverneur de Sainte-Hélène, a pour mission de s'assurer deux fois par jour de la présence de Napoléon. Des années après, il tente d'éclaircir le mystère de la mort de Napoléon : est-il mort sur Sainte-Hélène ou a-t-il vécu ses derniers jours dans l'anonymat, comme un homme ordinaire à la vie simple ?

L'ambiguïté et l'opacité des faits entretiennent le mystère qui plane du début du film, où on ouvre la tombe de Napoléon, à la fin du film où Heathcote retrouve les courtisans de Napoléon pour recueillir des indices à travers leurs témoignages.

Sainte-Hélène, la forteresse imprenable, transpire la corruption, les mœurs dissolues, l'hypocrisie, des complots ourdis dans l'ombre pour mettre la main sur l'héritage de Napoléon.

Quelques soi-disant fidèles, animés d'intentions plus ou moins nobles, ont suivi Napoléon dans sa « prison » : Montholon qui aime sa femme Albine pourtant maîtresse de Napoléon et qui lui donnera une fille à des fins purement stratégiques ; Cipriani, le maître d'hôtel de l'empereur et son ami d'enfance ; le général Gourgaud, au caractère impulsif et coléreux ; le maréchal Bertrand…

Et puis, il y a les Anglais, avec à leur tête, le gouverneur Hudson Lowe, qui voit en la surveillance de Napoléon, l'occasion rêvée de monter en grade et d'accéder à la gloire. Sur l'île, seule Betsy Balcombe fera resurgir le côté homme sensible de Napoléon.

Les dernières années de Napoléon sur Sainte-Hélène sont troubles, mêlées d'incompréhension, de plans secrets et de questions sans réponse.

Pourquoi Napoléon, à la dernière minute, laisse-t-il s'envoler sa seule possibilité de s'échapper ? Pourquoi chacun de ses proches quittent-ils un par un l'île ? Pourquoi choisit-il de rester cloîtré dans ses quartiers tel un ermite à la santé déclinante ?

Comment se peut-il qu'à la question « Quand l'a-t-on aperçu pour la dernière fois ? », la réponse soit plusieurs semaines, au point que la physionomie de l'empereur devienne inconnue de tous ?

Le scénario de "Monsieur N" est remarquablement construit, tenant en haleine jusqu'à la dernière image. La lumière souligne la part d'ombre des personnages, les images ont une réalité épique accentuée par une bande-son magnifique signée Stefan Eicher. Les dialogues, brillants sous une verve sarcastique, n'en secrètent pas moins des émotions, des sentiments et des sensations à foison.

Quant aux acteurs, je m'incline avec respect devant tant de talents réunis qui nous plongent de plain-pied dans les épanchements humains. Philippe Torreton est émouvant dans le rôle de l'Empereur, homme difficile à cerner dont la grandeur force le respect mais qui trahit en filigrane une blessure au cœur.

Siobhan Hewlett, en Betsy Balcombe, incarne la candeur angélique et l'amour pur sans concession. Elsa Zylberstein irradie l'écran en femme persifleuse aux mœurs dissolues. Richard E. Grant fait froid dans le dos dans le rôle du gouverneur aux airs intransigeants d'homme qui sert son pays mais qui complote pour servir ses propres intérêts.

Quant à Jay Rodan, le lieutenant Heathcote, il construit un personnage attachant, tout en nuances, merveilleux enquêteur transi d'amour pour la seule femme qu'aime Napoléon, et respectueux de l'empereur.

Napoléon a-t-il remporté sa dernière bataille, celle de toute une vie ? En tous cas, "Monsieur N" est une histoire engendrée par l'Histoire, qui s'empare de nous grâce à son côté romanesque d'une rare intensité qui confère à l'épopée un caractère intimiste.

Cette « enquête policière », si elle a pour but d'éclaircir la plus grande énigme de l'Histoire, nous montre surtout que quel que soit le grade d'un homme, il reste avant tout un être humain avec ses forces et ses faiblesses, ses zones d'ombre et ses raisons d'agir.

Auteure :Nathalie Debavelaere
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