30 novembre 2020
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Moonrise Kingdom : La critique

Il y a des cinémas singuliers comme celui de Wes Anderson que le spectateur sait attendre avec ferveur. Force est d'avouer que le réalisateur a fasciné les cinéphiles avant de convaincre à maintes reprises le grand public avec des comédies en passe de devenir indémodables ("La Vie Aquatique", "La Famille Tenenbaum", "A bord du Darjeeling Limited"). Récemment, Wes Anderson se frottait même avec brio au monde de l'animation, bien aidé par Mark Gustafson à la direction. "Fantastic Mr. Fox" prouvait à ceux qui en doutaient encore que le bonhomme avait de l'or dans les mains. Et qu'il savait bien s'entourer par ailleurs. Alors on imagine qu'il puisse en être de même avec "Moonrise Kingdom", une petite fable moderne et personnalisée où Wes Anderson dirige un casting prestigieux devant la caméra (Bruce Willis, Frances McDormand, Bill Murray, Edward Norton, Tilda Swinton et l'habitué Jason Schwartzman), co-écrit le film avec Roman Coppola – le talent c'est de famille – ou laisse à l'immanquable Alexandre Desplat le soin lui concocter une bande originale digne de ce nom.

Volontairement rétro, doucement amer, "Moonrise Kingdom" est avant tout une muséification du cinéma made by Wes Anderson. Vous savez, ce fâcheux défaut… Les fans adorent (quoique, les derniers Burton ou Spielberg peuvent témoigner) les autres restent à la porte d'entrée. En effet, "Moonrise Kingdom" embrasse toutes les thématiques chères à Wes Anderson. L'adolescence et ses fantasmes souvent refoulés, la nostalgie d'une époque où le mot liberté pouvait encore signifier quelque chose et où le rêve restait éveillé. Wes Anderson s'était déjà fait un plaisir de filmer la famille dysfonctionnelle ou les histoires d'amitié étonnantes. Son cinéma, très visuel, accompagnait cette douce sensation de flottement, entre humour frais et problématiques attachantes. "Moonrise Kingdom", malgré pléthore de défauts, arrive quand même à cette finalité.

Wes Anderson signe une mise en scène cool, branchée, rétro et néo-hipster, teintée de références et d'objets. Il a le sens du détail et des cadres et nous le montre. Trop même. C'est savoureux au départ pour tourner à l'indigestion dans des moments où visiblement le scénario n'a plus grand-chose à raconter. "Moonrise Kingdom" tourne sensiblement en rond, et certains acteurs n'aident pas. Si les enfants se font un plaisir de dynamiter la chose (heureusement!), les Norton ou Murray semblent apathiques. Willis, employé à contre-emploi et flanqué d'un pantalon bien trop court frôle le personnage attachant, Frances McDormand touche sans rentrer dans les détails à ce que son personnage a de plus intéressant. Seule une Tilda Swinton vitaminée vient remuer le calme un peu trop plat de ce "Moonrise Kingdom". Oui, pour la première fois, Wes Anderson n'a pas convié Owen Wilson à sa franche partie de rigolade, et cela se ressent ! Il nous reste un duo d'adolescents attachants, notamment la sublime Kara Hayward, sensualisée comme une symbolique sirène sixties, un peu à la manière d'une certaine Françoise Hardy chantant « Le Temps de l'Amour » qui rappelle dans une nostalgie « le temps des copains, de l'aventure où on ne pense à rien malgré ses blessures, un temps dont on se souvient »… sauf que dans "Moonrise Kingdom", les adolescents ont 12 ans, et non 20.

Auteur :Christopher RamonéTous nos contenus sur "Moonrise Kingdom" Toutes les critiques de "Christopher Ramoné"

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