5 décembre 2020
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Moonrise Kingdom : Riche !

Peu nombreux sont les auteurs dont la patte est immédiatement identifiable dès un premier plan dans un long métrage. Wes Anderson est de ceux là, proposant son univers burlesque teinté de nostalgie, fourmillant de personnages déjantés et d'humour décalé. Un univers qu'il a construit autour d'un thème essentiel dans sa filmographie : la famille. Loin de la noirceur d'un James Gray, ses œuvres s'intéressent en particulier aux relations entre les enfants et leurs parents voire avec les adultes en général. Cette notion de famille s'étend aux liens que le réalisateur a tissé avec ses collaborateurs et ses acteurs, des frères Wilson à Bill Murray en passant par Jason Schwartzman, tous restent fidèles et les noms prestigieux se succèdent dans ses films au fil des années.

"Moonrise Kingdom" constitue la quintessence du cinéma de son auteur. On y retrouve son sens du détail, la perfection de ses cadrages, comme d'habitude les enfants s'y révèlent souvent plus adultes que les adultes eux-mêmes. Les deux jeunes acteurs se montrent d'ailleurs particulièrement convaincants, surprenants de maturité et le reste du casting fait état d'une direction d'acteurs exemplaires et tout en nuances. Si "Moonrise Kingdom" se voit limité par une intrigue plutôt simple, il fourmille d'idées, tant en terme de narration (le narrateur dans le passé et le présent, les brefs retours en arrière…) que de mise en scène (les longs travellings latéraux, split screen, et ralentis s'enchainent…).

Suzy ne se sépare jamais de ses jumelles qui lui permettent dit elle de « mieux voir le monde », ce qu'elle appelle « son pouvoir magique ». On imagine bien la même réplique de la part du réalisateur : Son précédent long métrage, "Fantastic Mr Fox", un film d'animation constituant un parfait exemple d'une telle vision : un regard « agrandi » et différent du monde tel qu'on le perçoit : De petits personnages s'animaient sur grands écrans comme des figurines dans une maison de poupée. C'est à travers son regard que le spectateur assiste à « des tranches de vie », et surtout à un monde avec ses propres codes. Tandis que les enfants ne demandent qu'à grandir (le jeune couple désire déjà se marier), les adultes eux ont vu le temps passer trop vite (Le personnage de Bruce Willis en représentant de l'ordre seul et vieillissant, le couple éloigné). Dans cet univers on retrouve des actes cruels, désespérés et toujours décalés.

Le nouveau film de Wes Anderson, s'il reprend de nombreux thèmes fétiches et récurrents de sa filmographie, se démarque toutefois d'une poésie nostalgique, presque mélancolique. Ces deux êtres différents des autres, peu populaires et sans réelle attache parentale sont typiquement "Andersonien". L'image de ces deux enfants dansant sur la plage sur la musique de Françoise Hardy ("C'est le temps de l'amour, le temps des copains et de l'aventure...") restera dans les mémoires comme l'une des scènes les plus émouvantes et marquantes de sa carrière.

Le réalisateur, toujours avide de créativité, signe une de ses œuvres les plus réussies, on y retrouve toutes les caractéristiques de son cinéma, qui ne cesse de s'enrichir. C'est la première fois que ses personnages principaux y sont « réellement » des enfants, allant ainsi aux bouts de ses obsessions, démontrant plus que jamais que la réconciliation est aussi le thème lui portant le plus à cœur.

Auteur :Sébastien FournierTous nos contenus sur "Moonrise Kingdom" Toutes les critiques de "Sébastien Fournier"

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