18 juillet 2019
Critiques

Mortal Engines : Jackson, ville ouverte

La critique du film Mortal Engines

Par Guillaume Meral


Si ses récentes déclarations nous laissent à penser qu’on a le temps de sucer notre pouce avant de le voir revenir à la réalisation, Peter Jackson n’entends pas disparaître des radars pour autant. Ainsi, quand il n’est pas lui-même le héros de ses entreprises prométhéennes, le hobbit de Nouvelle- Zélande endosse les habits de mentor pour les Odyssées des autres.

Après Neill Bloomkamp pour "District 9", c’est au tour de Christian Rivers, technicien des effets spéciaux et collaborateur de longue date du cinéaste de bénéficier de son accompagnement expert pour son premier film, le très attendu "Mortal Engines".

Adapté du premier tome de la série littéraire Tom et Hester de Philip Reeve, "Mortal Engines" part d’un postulat fantasmatique en diable. Soit de gigantesques cités roulantes, dans lesquelles se sont réfugiés les survivants de l’apocalypse nucléaire qui a décimé la planète. C’est là que vont se croiser les destins de plusieurs personnages, alors que le régent de Londres fomente ses plans pour dominer les dernières traces de civilisation restantes…

On le comprend : toutes considérations narratives mises à part, le concept même de transposition sur grand-écran de "Mortal Engines" s’apparentait à voler à travers l’œil du cyclone. A l’instar de Bloomkamp (et dans une moindre mesure, Tim Miller sur "Deadpool"), on devine à quel point l’expérience de Rivers dans le domaine des effets spéciaux a dû peser dans l’ascension d’une pente aussi escarpée, qui plus est pour un devis défiant toute concurrence (on parle de 100 millions de dollars de budget !).

Ne serait-ce qu’à cet égard, "Mortal Engines" s’impose ainsi comme une réussite exemplaire. Rivers et son équipe parviennent à concilier la souplesse du numérique et l’ancrage « en dur » dans la représentation d’un univers en mouvement permanent, convoquant le meilleur des deux mondes à sa réussite.

Un tour de force d’autant plus remarquable que "Mortal Engines" s’ingénie à exploiter les spécificités de son pitch pour proposer du jamais-vu au spectateur. Celui-ci sera gré de finir l’année avec un spectacle qui ne semble pas généré par les banques de données dans lesquelles les majors puisent leurs images numériques interchangeables. Techniquement inattaquable, "Mortal Engines" fait montre en outre d’un réel souci pour exister au-delà du défi induit par sa représentation.

On saluera ainsi l’expertise du trio Jackson/Fran Walsh/Phillipa Boyens au scénario, et notamment leur capacité à définir leurs personnages au fil de la constellation d’interactions qui structure le récit (voir le personnage de Shrike, magnifiquement interprété par Stephan Lang, véritable équivalent de Gollum).

La trace de Jackson ne se limite d’ailleurs pas au seul écrit, si l’on en croit la volonté de Rivers d’incarner spatialement ses enjeux narratifs à travers des scénographies complexes et équivoques qui ne laissent à la narration le temps de se figer.

Ainsi, c’est dans le prisme du mouvement permanent que se projette le reflet diffracté de "Mortal Engines" ainsi que sa raison d’être. Mouvement de ses personnages, mouvement d’un récit constamment sur la route, mouvement d’un décorum hors-sol.

Pour cette raison, Peter Jackson constituait le choix idéal pour porter ce projet à l’écran, lui qui n’a eu de cesse de réinventer le cinéma comme spectacle vivant à travers une mobilité puissamment évocatrice. Au risque de buter sur l’incompréhension de ses contemporains (voir le 48 images secondes du "Hobbit" et les partis-pris qui le sous-tendent).

Or, c’est finalement ce qui manque à Christian Rivers : une prise de risque artistique qui dépasserait la matérialisation de son concept (voir les scènes de combats rapprochés, tristement expédiées), un parti-pris fort qui viendrait ancrer son univers mouvant dans un socle tangible.

En l’état, si "Mortal Engines" sait faire exister ses cités motorisées à travers les conflits qui l’animent, l’affaire se révèle beaucoup plus difficile dès lors que le récit s’aventure dans les confins d’un extérieur sommes toutes assez générique. C’est toute la problématique d’un film qui semble parfois bouger sans être sur ce sur quoi il marche.

Trouver des racines au mouvement permanent : une telle oxymore ne saurait-être résolue que par un grand cinéaste ("Fury Road" forever). Peut-être dans une éventuelle séquelle réalisée maître en personne ?

Auteur : Guillaume Meral

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