Critiques

Moulin Rouge : Une féérie !

POUR LA PETITE HISTOIRE…

Le fameux Moulin Rouge, fondé par Joseph Oller et ses associés, Zidler et Renard en 1889, remplaça le bal de la "Reine Blanche". L'ancien boucher Zidler eut la lumineuse idée de produire dans son bal quelques demoiselles de quartier qui s'adonnaient en privé à leur sport favori, un quadrille déchaîné (dit "quadrille naturaliste") qui deviendra mondialement connu sous le nom de "French Cancan". Il avait réuni sur son plateau décoré par Willette une certaine Grille d'Egoût, qui devait son nom à l'écartement exceptionnel de ses dents, Nini-Patte-en-l'air, la Môme Fromage, la Sauterelle, la Cascadeuse, la Guigue, Etoile Filante, Arc-en-Ciel, Rayon d'Or, Clair de Lune, Violette, Pâquerette, Camélia (dite "trompe la mort"), Cri-Cri (qui mourut dans un grand écart, la Goulue, Jane Avril (dite "Mélinite"). Seul un homme leur disputait la vedette, le long Valentin qui n'avait pas volé son surnom de "Désossé".

Ce monument mondialement connu fut superbement illustré par l'un de ses clients les plus assidus, le peintre Toulouse-Lautrec. Avec le temps, le Moulin Rouge gagna en réputation. S'y pressaient désormais, le soir, aristocrates et bourgeois. Le succès aidant, le décor à nouveau changea. Un hall immense fut construit pour accueillir les clients, dans lequel débouchait un escalier vertigineux tendu de velours rouge. Mais ? entre les deux guerres, le Moulin Rouge changea de vocation avec Pathé qui le transforma en salle de cinéma. Le succès demeura le même.

Dans les années 30, Pathé fut obligé de vendre. Il fallut attendre les années 60 pour que le Moulin Rouge retrouve enfin sa vocation d'origine dans un décor entièrement renouvelé, celle d'une salle de spectacles symbolisant Paris, la ville de toutes les lumières. L'histoire en bref : Troisième et dernier rideau de sa trilogie du rideau rouge, après "Ballroom Dancing" et "Roméo + Juliette", "Moulin Rouge" raconte l'histoire d'un jeune auteur britannique qui découvre l'amour auprès de Satine, danseuse vedette de la célèbre institution. 


LA CRITIQUE DU FILM

Connaissant Baz Luhrmann, il était plutôt évident que son dernier film, quoique se déroulant au début du XXème siècle et mettant en scène des personnalités telles que Toulouse-Lautrec et Satie, allait adresser des clins d'œil esthétiques et musicaux à notre époque. Aussi, "Moulin Rouge" est-il jouissif, malgré son intrigue un peu convenue et prévisible, où les acteurs rayonnent et les spectateurs se régalent d'un festin visuel à la fois magique et éclatant. Survolté et émerveillé, on veut rien manquer au point que plusieurs visions du film s'imposeraient presque.

L'histoire est celle d'un jeune idéaliste qui plonge dans un monde de ténèbres, le cœur plein d'amour, pour essayer de sauver celle qu'il aime. Bien qu'il soit meurtri par cette aventure amoureuse, il en sortira enrichi par l'expérience. Une histoire qui se déroule donc en 1900, mais qui est actualisée par des succès musicaux bien modernes. Les extraits choisis pour illustrer la partition musicale et qui se fondent dans les dialogues, dans des orchestrations toujours surprenantes, font la part belle aux oeuvres de Madonna, The Police, Elton John, US, Queen, David Bowie, Bono, Christina Aguilera, Kurt Cobain, Ozzy Osborne...

L'audace y est donc toujours au menu. Ainsi, le réalisateur nous sert un Roxanne, succès phare de The Police, dans une ambiance de tango! Plus que surprenant, n'est-ce pas ? Toutefois, le meilleur reste à venir. Presque toutes les chansons sont interprétées par les acteurs. Ewan McGregor et Nicole Kidman, comme le reste de la distribution, démontrent un talent certain. Toutes ces chansons se fondent merveilleusement bien dans la trame du film. En fait, elles font parties des dialogues, ajoutant un petit grain de sel, généralement humoristique, au scénario. C'est pourquoi, "Moulin Rouge" s'apparente, dans sa folie musicale et festive, au film culte de série B : "Rocky Horror Picture Show". 

Cependant, au-delà du simple délire visuel, il s'agit d'une véritable oeuvre picturale. Tout est pensé pour créer un environnement visuel absolument magnifique où le rouge domine largement, mais où la palette de couleurs, particulièrement celle des couleurs vives, y occupe une place de choix. Les décors sont splendides et sentent le synthétique à plein nez. Paradoxalement, cela crée l'ambiance nécessaire pour cette merveilleuse folie qu'est "Moulin Rouge". Baz Luhrmann s'adonne à l'excès dans tout et c'est tant mieux. C'est là que réside la folie et le talent du cinéaste, décriés par les critiques assoupis et paresseux qui traînaient leurs guêtres lors du dernier Festival de Cannes. En faisant de l'excès dans tout, il crée un monde imaginaire complètement fou dans lequel le spectateur n'a d'autre choix que d'embarquer.

Auteur :Jaques FérenziTous nos contenus sur "Moulin Rouge" Toutes les critiques de "Jaques Ferenzi"

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