16 octobre 2021
Critiques

Mourir peut attendre… encore un peu

Par Alexa Bouhelier Ruelle

Avant "Mourir peut attendre", cela faisait six longues années que nous n’avions pas vu 007 sur grand écran. En 2015, dans "Spectre", James Bond aura été vu pour la dernière fois au volant de son Aston Martin DB5. Sur les routes italiennes aux côtés de sa nouvelle conquête Madeleine Swann. Depuis, le monde a survécu plusieurs désastres naturels et la mort de deux immortels de la saga. Roger Moore et Sean Connery, marquant la fin de deux périodes distinctes. Pendant ces 15 dernières années, Daniel Craig aura su donner à la saga légendaire une humanité et un sérieux. Entrainant le spectateur sur des montagnes russes d’émotions. Alors que plusieurs acteurs se sont succédé dans ce costume mythique, aucun d’entre eux n’a jamais eu besoin de dire un dernier adieu au personnage.

En effet, les films se suivaient. Un acteur sortait de la voiture alors qu’un autre refermait la porte sans vraiment s’inquiéter de ce qui était arrivé avant. C'est ce qui faisait partie entièrement de la signature et du charme des James Bond. Mais l’ère Daniel Craig a créé de nouvelles règles. "Casino Royale" a marqué notre personnage à un point tel, qui ne s’oublie pas si facilement. Et (malheureusement) « Quantum of Solace » est alors devenue la première suite officielle. "Skyfall" explorait le passé d’un personnage qui a toujours existé seulement dans un présent éternel. "Spectre" aura maladroitement essayé de connecter ce fameux présent avec un passé que le personnage avait laissé derrière lui depuis bien longtemps.

Un personnage intemporel

" Mourir peut attendre" est donc le dernier film où Daniel Craig enfilera le costume de l’espion britannique le plus célèbre au monde. Depuis son arrivée, en 2006, en tant qu’agent impulsif et inexpérimenté, jusqu’à aujourd’hui et ce dernier film. Un long-métrage qui nous présente un homme usé, aigri, et désespérément amoureux. Avant d’aller plus loin, il faut jouer cartes sur table : "Casino Royale " est le meilleur James Bond de tous les temps. Une réalisation parfaite et une touche de mystère nécessaire.

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Daniel Graig - Copyright DANJAQ, LLC AND MGM. ALL RIGHTS RESERVED.

Le mystère, une qualité principale qu’il manquait depuis des décennies à notre espion. Réinséré dans ce film à travers un drame méticuleusement imbriqué dans la relation entre Craig et la charismatique Vesper Lynd sous les traits d’Eva Green. Et "Mourir peut attendre " possède juste assez de cette qualité pour faire de ce film une fin idéale pour Craig. Idéalement, un James Bond compte aussi sur une romance solide. On ne parle pas seulement d’une histoire d’amour. Plutôt d'une certaine idéalisation du personnage de Bond. Un but plus grand que lui-même pour expliquer chacun de ses choix.

Sean Connery met au monde Bond, mais Daniel Craig le fait grandir

Après avoir vu ce dernier opus, il faut rendre à César ce qui est à César, au plutôt à Daniel Craig. L'acteur a fait de Bond un personnage profondément humain. Il lui a donné une certaine complexité et l’a porté dans un nouveau siècle. À ses côtés, une nouvelle agent 00 sous les traits de Lashana Lynch. L’un et l’autre jouent sur une rivalité saine et une répartie impeccable. Le tout avec une combinaison parfaite d’admiration et d’agacement. En effet, Lashana Lynch est un personnage bien plus intéressant que celui de Madeleine Swann. Encore une fois le manque d’alchimie entre Craig et Seydoux laisse perplexe. Ce qui ne serait pas un problème si le film n’était pas entièrement basé sur l’amour passionné que Bond porte pour cette femme. Un duo à l’opposé du combo Craig/Green.

En effet, il est bien plus vraisemblable que, quatre films plus tard, Vesper Lynd hante toujours le personnage de Bond. Une simple histoire d’évolution n’aurait pas suffi à satisfaire l’héritage d’une saga aussi riche que celle-ci. Ni une performance aussi touchante que celle de Daniel Craig. Du premier instant où il a enfilé le costume, Craig est devenu le plus pare-balles des 007, mais aussi le plus vulnérable. Une sensibilité à fleur de peau, et une capacité à rire lors d’une scène de torture orchestrée par Mads Mikkelsen en personne. Il saigne de la même façon que nous tous. Avec "Mourir peut attendre", Bond fait la somme de ses blessures pour essayer de comprendre ce que chacune d’entre elles signifie. Et, en chemin, il fait encore de nombreuses rencontres.

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Daniel Craig et Lashana Lynch - Copyright 2021 DANJAQ, LLC AND MGM. ALL RIGHTS RESERVED.

Sans surprise, aucune, Ana de Armas vole la vedette à notre héros lui-même, sous les traits d’une jeune espionne cubaine qui vient de finir ses classes et qui parle beaucoup. De son côté, Rami Malek présente un énième antagoniste ayant une obsession personnelle avec James Bond. Sous les traits d’un homme aux multiples stigmates, il ressemble plus à un moine qu’autre chose. Malek s’exprime presque à voix basse ce qui rend son personnage de psychopathe presque hypnotique.

Une équipe de choc

Quelques-uns se sont demandés, lors du confinement de 2020, s’il ne fallait peut-être pas mieux sortir le film en streaming au lieu de repousser sans cesse sa sortie en salle. Si vous regardez " Mourir peut attendre" sur grand écran, vous aurez votre réponse. Le réalisateur, Cary Joji Fukunaga, a un œil équivoque pour les scènes d’action. Le réalisateur cherche l’impact maximal sur le spectateur, mais offre aussi les tableaux monumentaux donnant cette impression de grandeur. Filmé en partie en IMAX, le film est fait pour être vu sur grand écran.

Du côté du scénario, Fukunaga a collaboré avec des vétérans de la saga comme Neal Purvis et Robert Wade, chacun sept films au compteur. Riche de ses récents succès, la talentueuse Phoebe Waller Bridge est aussi au générique en tant que scénariste. Cela  ajoute une touche féminine que l’on accueille à bras ouverts et qui se ressent fortement à l’écran dans le meilleur sens du terme. Cerise sur le gâteau, Hans Zimmer s’attaque à la composition d’une musique « Bondienne ». John Barry peut être très fier des différents hommages du compositeur emprunté à son travail. Notamment sur "Au service secret de Sa Majesté " dont la légendaire chanson est interprétée par Louis Armstrong.

Ce dernier opus prouve encore une fois que l’agent britannique à plus d’un tour dans son sac. Sinon plus d’une balle dans son Walter PPQ. Un personnage qui peut encore et toujours surprendre même ses plus grands fans. "Mourir peut attendre" est étonnant, drôle, impeccablement filmé. Il est surtout grandiose. Grandiose dans ses scènes d’actions, ses paysages, ses dialogues, ses répliques d’un humour piquant. Sans oublier ses cascades (au combien aidées par les effets spéciaux). De plus, cette dernière entrée dans la légende James Bond reste bel et bien humaine. Bref, un film qui prend place au milieu du monde réel. Un monde qui nous avait manqué depuis si longtemps...

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