Critiques

Mr Wolff avec Ben Affleck : La critique

Tout comme Matthew McConaughey, Ben Affleck a été considéré pendant des années comme un bellâtre fade tout juste bon à jouer dans des bidons de lessive le plus souvent destinés aux midinettes. Toutefois, depuis la fin des années 2000, voire le début des années 2010, il a lui aussi sérieusement gagné en prestige auprès des critiques et du public par des choix de carrière plus exigeants.

Cet automne, il porte sur ses épaules "Mr Wolff", une production dont le concept de base, à savoir un expert-comptable qui maîtrise aussi bien le PCG ( Plan Comptable Général ) que le Mawashi Geri, semble davantage convenir à un épisode des "Simpson" où Rainier Wolfcastle doit tourner un nouvel opus de "McBain" qu'à un vrai thriller d'action et c'est pour ça que ça pouvait être fendard. Malheureusement, comme on pouvait le craindre en raison des synopsis et des bandes-annonces contradictoires, le résultat final a le cul entre deux chaises.

Voulant à la fois être un thriller dramatique où un expert-comptable souffrant de savantisme met sa virtuosité au service de multiples réseaux criminels, tout en éprouvant de réelles difficultés relationnelles et un actioner avec un yakayo qui combat la fraude fiscale en révisant des comptes et en distribuant des tatanes, le film ne sait pas sur quel pied danser. Le mélange des genres et l'ambiguïté morale des personnages dans "Mr Wolff" sont deux démarches à encourager mais elles n'excusent pas l'inconsistance narrative et les éléments ridicules qui nuisent ici grandement à la portée émotionnelle des scènes exploitant les troubles du personnage principal.

En parlant de ce dernier, on exploite encore une fois le manque d'expressivité faciale de Ben Affleck pour le construire et ça marche très bien. C'est d'ailleurs lorsque Christian Wolff est au centre de l'attention que le film nous offre ce qu'il a de meilleur. Le côté Gary Stu de notre héros, crack du calcul et de la bagarre, est exploité de telle manière qu'il ne suscite jamais l'irritation du spectateur, sa virtuosité presque imperfectible des chiffres et des armes suscitant dans le pire des cas l'amusement.

Même sa relation avec Dana Cummings, jouée par Anna Kendrick, arrive à s'élever au-dessus de son caractère forcé grâce à sa conclusion, au niveau des deux acteurs et aux multiples oppositions entre les deux personnages : elle est toute menue et ne dépasse pas le mètre soixante alors qu'il est une armoire à glace qui fait plus d'un mètre quatre-vingt-dix. Elle est tout juste capable d'enregistrer des factures sur Compta First alors qu'il construit des tableaux de flux de trésorerie comme vous enfilez votre slip, elle est émotive et maladroite alors qu'il est stoïque et habile... C'est vrai que l'opposition diamétrale entre deux personnages est un procédé éculé voire paresseux quand il est utilisé pour écrire une romance mais "Mr Wolff" prouve qu'il peut fonctionner.

C'est du côté des seconds couteaux que le bât blesse : J.K. Simmons, éternel John Jonah Jameson, incarne un représentant des forces de l'ordre obsédé par un criminel qu'il pourchasse depuis des années et sur lequel il veut absolument mettre le grappin avant de partir à la retraite. Vraiment avant-gardiste, les mecs...  Ses motivations ont un aspect plus intéressant que la moyenne mais qui sera gâché lorsqu'il sera dévoilé au cours d'une scène explicative/d'exposition bien trop longue pour garder l'attention du spectateur.

Dans sa traque, il embarque avec lui une agente par un moyen dont le scénario aurait pu se passer, moyen dont l'inutilité est renforcée par le fait qu'il n'est jamais exploité et qu'on ne lui offre pas de conclusion. Alors qu'il avait excellé en tant que Punisher dans la saison 2 de "Daredevil", il est difficile de voir Jon Bernthal cabotiner ainsi. Il est de plus au centre d'une révélation tchekhovienne qui survient en fin de film mais qui peut se deviner quelques dizaines de minutes avant.

Pour ce qui est de l'action, le film est assez rachitique et son budget de production de moyenne envergure à 44 000 000 $ ne suffit pas à justifier qu'il y ait seulement deux véritables scènes d'action alors qu'il y avait tellement à faire avec un personnage aussi badass. La première est bien cadrée et assez palpitante mais le climax de nuit dans la villa est à la limite de l'illisible et l'affrontement entre Affleck et Bernthal, qui change de camp comme il change de caleçon une fois que le scénario révèle son si imprévisible retournement, perd quasiment tout l'enjeu qu'on essayait de lui insuffler et s'arrête très vite - mais de manière tellement ridicule que c'en est amusant - en raison dudit retournement.

En bref, grâce à l'investissement de Ben Affleck et suffisamment de moments qui relèvent le niveau, "Mr Wolff" évite le ratage complet vers lequel son écriture indigente, son action avare et ses seconds rôles creux auraient pu le mener. S'il fait une assez mauvaise performance au box-office français, son très bon score outre-Atlantique pourrait justifier d'une suite et on se dit que l'univers construit s'y prête pas mal lorsqu'on voit la dernière scène du film. Par contre, il va falloir éviter cette ambiguïté tonale. Sinon, on sera encore plus frustrés que la première fois.

Si c'est de l'action que vous cherchez en ce moment au cinéma, regardez plutôt du côté du nouveau Mel Gibson, "Tu Ne Tueras Point". D'ailleurs, il a bien plus à offrir que les scènes de guerre les plus hallucinantes et viscérales vues sur grand écran depuis très longtemps. En fait, quoi que vous cherchiez au cinéma en ce moment, allez voir "Tu Ne Tueras Point". Si vous voulez vraiment retrouver Ben Affleck dans les salles obscures, attendez plutôt mi-janvier et la sortie de "Ils Vivent La Nuit", la prometteuse adaptation de l'assez bon roman éponyme de Dennis Lehane. En plus d'être devant la caméra, ce bon vieux Benny repassera derrière.

Auteur :Rayane Mezioud

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