18 novembre 2019
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Mulholland Drive de David Lynch : La critique du film

Après "Une Histoire Vraie", film qui, bien que beaucoup plus lynchien que l'on a pu le dire, a suscité la surprise quasi générale de ses admirateurs, David Lynch semble être revenu sur des territoires plus "routiniers" (comprenez : linéarité malmenée, prolifération de figures fantasmagoriques, identités flottantes, etc.).

Pourtant, "Mulholland Drive" dépasse de loin les précédentes et déjà fascinantes expérimentations du cinéaste (dont "Lost Highway" représente pour beaucoup la somme et l'achèvement) pour devenir ce qui en est peut-être l'oeuvre maîtresse en même temps que son accession à d'autres territoires de cinéma. En effet, ce film peut tout aussi bien s'inscrire dans la lignée de films mythiques où Hollywood se met en scène avec un sens aigu du lyrisme, "Sunset Boulevard" en tête (c'est d'ailleurs ce qui peut expliquer le succès inhabituel pour un Lynch de ce film, aux États-Unis notamment).

Mais qu'on le rattache aux obsessions lynchiennes ou à la mythologie hollywoodienne, quelque chose en "Mulholland Drive" continue d'échapper au pourquoi du comment d'un tel pouvoir -magique- de fascination. Le plus surprenant est que cette oeuvre qui a fini par devenir un film tient du miracle : conçue au départ comme une série télévisée que la chaîne commanditaire a passé à la trappe après visionnage du pilote, elle a longtemps été considérée comme enterrée jusqu'à la proposition de producteurs français d'en faire un film. Un an après le tournage du pilote, Lynch imagine un dénouement, reprend le tournage en main et livre contre toute attente un long métrage monstrueusement abouti.

Soyons clairs : "Mulholland Drive" est le plus beau film du cinéma américain de ces quelques dernières années. Tout ce que l'on peut attendre du cinéma y est présent, porté à un degré de sensations inouï: vertige fantasmatique, délice de l'artifice, ampleur romanesque, entre autres, et bien sûr sublime histoire d'amour... Mais nous n'en avons toujours pas dévoilé la trame : sachez simplement qu'on y croise une prétendante actrice qui part avec une troublante amnésique à la recherche de l'identité de cette dernière, un cow-boy, un cinéaste malmené par des forces qui le dépassent, une scène où un chant d'amour déchirant en espagnol se libère du corps d'où il émerge, et l'une des plus poignantes déclarations d'amour qui soient...

Si vous n'avez pas envie d'aller y voir de plus près, vous n'aimez pas le cinéma !

Auteure :Caroline Cranskens
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