Critiques

Murina : Eprouvant portrait de famille

Par Sylvain Jaufry


Ce film, signé de la cinéaste croate Antoneta Alamat Kusijanovic, aura remporté la Caméra d’or au dernier Festival de Cannes. Les œuvres qui y sont récompensées sont souvent extrêmement prometteuses. Tel est le cas avec "Murina", film qui s'appuie sur une solide mise en scène et qui décrit un schéma familial délétère, avec une tension psychologique croissante.

On sait donc que la Caméra d’or récompense régulièrement ce qu'on pourrait appeler des “valeurs sures”. Il est plus que probable que "Murina" vienne à emprunter un chemin similaire. En effet, le film révèle une réalisatrice qui a un talent certain. Nombre des plans subliment la beauté déjà majestueuse des paysages grecs. La mer y est si bien filmée avec des scènes aquatiques remarquables. Non seulement, la caméra se fixe aisément sur ses décors, mais les cadrages sont magnifiques. Vraiment ! Le film bénéficie d'une indéniable application dans la composition des plans. La nature y est tellement bien représentée qu’elle finit par faire partie intégrante de l’histoire.

Une Caméra d’or amplement méritée

Cependant, la beauté des lieux ne saurait être ce qui est le plus étonnant dans ce film. Car la mise en scène est solide, solaire, intense. Il est évident aussi que la cinéaste maitrise son long- métrage presque à la perfection. Elle nous plonge dans un univers méditerranéen et ensoleillé, qui cache une réalité bien plus sombre...

En effet, "Murina" est le portrait d’une famille déstabilisée. Une famille où le père exerce une pression psychologique constante sur son épouse et sa fille. Ainsi, l'actrice Gracija Filipovic est-elle de tous les plans et la caméra arrive à capter les différentes émotions de cette jeune femme. La mise en scène se focalise avant tout sur ce personnage féminin, jusqu’à faire de ce film la description d’une femme déterminée et d’une force conjointe inouïe.

La terrible figure du père

"Murina" est avant tout un film sur les relations filiales. Ici, le père exerce une forte emprise sur son entourage, créant alors une forme d’antipathie autour de ce personnage. Julija est aux prises avec cet homme flirtant allègrement vers le narcissisme pervers. De joutes verbales en criantes humiliations, on voit se dessiner clairement une relation destructrice. Il est vrai que ce climat austère et malsain est superbement bien rendu par le scénario. Celui-ci n’hésite pas à accentuer les contours presque psychopathiques de cette figure paternelle.

Encore une fois, la mise en scène est au rendez-vous. De nombreux passages sont éloquents et viennent bien étayer le propos de ce film. Ce triangle familial compliqué bénéficie d’une écriture de qualité allant jusque dans les moindres détails sordides. La réalisatrice évoque même une mère soumise et complaisante. On y ressent donc une ambiance austère dans laquelle la pauvre Julija se retrouve prisonnière.

La révélation Gracija Filipovic

Difficile de ne pas parler de la prestation solide de cette jeune actrice. Elle est d’une infinie justesse et elle incarne Julija avec brio. Sa présence magnétique inonde ce long-métrage et elle fait preuve de réelles qualités d’interprétation. Son rôle comporte beaucoup de difficultés, car jouant sur plusieurs émotions négatives. Il n’est pas facile d'assumer un rôle aussi dur, mais cette actrice s’en sort avec les honneurs. C‘est effectivement une révélation ! En plus, elle arrive à effacer complètement les personnages secondaires qui sont pourtant bien définis. Cela en dit long sur le potentiel de Gracija Filipovic. Une actrice à suivre...

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