16 septembre 2021
Critiques

Near Death Experience : Michel ce génie !

Dans le dernier film de Kervern et Delépine, Houellebecq campe Paul... ou plutôt l'inverse. Tout dans "Near Death Experience" est Houellebecquien, film génial en forme de testament pour le dernier grand écrivain français. Synthèse nihiliste de l'œuvre d'un génie en bout de piste.

Paul, donc, est dépressif. L'œil torve, les cheveux longs, l'homme a atteint la cinquantaine et s'est peu à peu lassé d'une vie de famille morne, d'un emploi angoissant, d'une vie sociale et sexuelle inexistante. Un jour, il quitte foyer, femme et enfants pour aller (tenter de) se suicider dans les calanques avoisinantes. Proche d'une potentielle mort, Paul va alors nous livrer son ressenti, sa douleur et l'ennui latent qui l'habite.

C'est un huis-clos à ciel ouvert, un chemin de croix en combinaison Bic que nous proposent aujourd'hui Delépine et Kervern qui livrent ici un autel à la gloire du dieu Houellebecq. L'écrivain y est absurde, burlesque, génial. Son corps est une comédie à lui seul, sa gestuelle, ses bougonnements et ses sublimes monologues s'auto-suffisent (« Le nombre de mes conquêtes se compte sur les doigts d'une moufle » « Mieux vaut être un père mort qu'un père sans vie »)

Seul face à lui même, l'introspection du héros passera par des étapes savoureuses, alternant le pessimisme sombre et l'infantilisme le plus rudimentaire. Et ce, sans jamais parvenir à se repentir. Car Paul n'a nullement envie de la jouer "Into The Wild", il ne trouve aucune magie dans la nature, il a froid, les pierres lui font assez rapidement mal au cul et il clame ce cri du cœur après une heure de film : « Mon corps a envie de cuir molletonné ».

Consumé par un mode de vie léthargique et prévisible, Paul est un condensé de tous les personnages houellebecquiens. Un être éteint, couard (il a mille occasions de se jeter dans le vide, mais se trouve toujours une raison de ne pas le faire) et perdu pour l'humanité.

Comme dans leurs précédents films, les trublions du Groland se fendent d'un film bizarre, à l'image floue et cradingue. Long parfois, traversé de moments géniaux, ils proposent ici un film concept, monté et tourné à la va-vite, aux couleurs pâles et aux plans séquences conséquents. Il n'y a aujourd'hui qu'eux (et peut-être Quentin Dupieux) à avoir autant de culot et de talent réunis. Il n'y a aussi qu'eux pour mettre en lumière certains personnages que l'on croyait finis : Depardieu hier, Houellebecq aujourd'hui. L'écrivain, porté par la grâce ressemble par moments à Céline. Le film, d'ailleurs, ressemble à ces photos volées d'écrivains en fin de vie que l'on exhume de temps à autres.

Probable que l'on dira un jour en exhumant à son tour "Near Death Experience" : « c'était ça Houellebecq ! »

Auteur :Mickael Vrignaud
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