19 juillet 2019
Archives Critiques

Neverland avec Johnny Depp : La critique

Et si par un tour de l'imagination, on pouvait devenir adulte tout en restant enfant ?

Voilà tout le propos de ce drame qu'est "Neverland" dont l'originalité se situe dans le fait qu'elle ne se focalise pas sur le mythe légendaire de Peter Pan (très prisé au cinéma) mais s'intéresse à son auteur, James Barrie, demeuré dans l'ombre du héros qu'il a créé, et à la genèse de son œuvre dont la réalité est quelque peu éloignée de l'idée que nous nous en faisons.  

"Neverland" nous montre comment l'écrivain James Barrie, en pleine période de marasme professionnel (sa dernière pièce est un fiasco) et sentimental (son mariage bat de l'aile car sa femme et lui n'habite pas dans le même monde), va raviver son génie créatif grâce à 4 jeunes garçons avec lesquels il noue une véritable complicité en creusant à la recherche des trésors d'imagination gisant dans le terrain de jeu de l'enfance.

A travers des scènes de jeux fantaisistes consistant à inventer un monde fantastique peuplé de cow-boys, d'indiens, de pirates, à partir de rien, "Neverland" raconte en images le processus d'écriture : il nous permet de voir avec les yeux de James Barrie les morceaux de réalité (la matière brute) qui vont être transformés en histoire extraordinaire (la pièce de Peter pan).

Le film démontre tout en émotions pudiques et en subtilité que le théâtre est un métier d'enfance et de lumière et que c'est parce qu'il n'a jamais perdu cet état d'enfance entre sentimentalité et immaturité, entre transport d'imagination, interprétation du monde et force de croire de toutes ses forces en quelque chose que James Barrie redonne toute la dimension à son talent.  

N'ayons pas peur de le dire, "Neverland" est « oscarisable », peut-être même a-t-il été mis en scène dans ce but mais qu'importe… Dans la mesure où Marc Foster nous raconte une belle histoire (oui, c'est sûrement un critère pour pouvoir prétendre à un oscar) où la magie, le rêve et les sentiments, aidés par une photographie et une bande-son magnifiques chargées d'un fort potentiel émotionnel, transcendent le réel mais sans jamais ni verser dans le mélo à l'eau de rose ni basculer dans la facilité de la classique et archi-banale comédie romantique, il n'y a aucune raison de lui jeter la pierre.  

Et qui mieux que Johnny Depp pouvait incarner James Barrie ? Avec son visage encore marqué par la candeur de l'adolescence sur lequel le temps semble n'avoir aucune prise, il s'approprie parfaitement le personnage, soulignant cette manière particulière de regarder les choses comme si on les voyait pour la première fois.

Tout en retenue, il exprime la gravité qui déchire par moments le voile de légèreté apparente de James Barrie, en même temps qu'une prise de conscience de ses responsabilités au contact de Peter Davies qui, à cause des circonstances dramatiques de la vie, a grandi trop vite et cherche à retrouver son état d'enfance.

Mais c'est aussi dans les yeux de Sylvia Davies (jouée par une Kate Winslet magnifique dans ce rôle de mère qui fait don d'elle-même pour ses enfants) qui cherche à s'ouvrir de nouveau à l'enfance pour ressentir pleinement, sincèrement ce qu'il lui reste à vivre, que James Barrie comprend qu'assumer ses responsabilités et garder son âme d'enfant peuvent aller de paire, que la réalité n'exclut pas l'imaginaire.  

Chaque acteur interprète avec beaucoup de justesse son personnage où qu'il se situe sur l'échelle de la réalité :  Dustin Hoffmann (dans le rôle du producteur du théâtre) et Rhada Mitchell (la femme de James) incarnent le réel dans ce qu'il comporte de plus terre-à-terre et contrastent ainsi avec les personnages de Johnny Depp -qui va mettre un pied dans l'âge adulte tout en gardant un cœur et une âme d'enfant- , Kate Winslet - qui veut retrouver cette part d'enfant endormie en elle mais jamais disparue- et Freddie Highmore -un enfant ayant mis un pied dans l'âge adulte malgré lui-.  

"Neverland" est une histoire bouleversante où l'émotion passe justement par la retenue des sentiments qui existent au-delà du réel, une poignante histoire d'amour qui voit se construire une famille au-delà de la vie, comme si le rêve et la force d'y croire ouvrait la porte de tous les possibles.  

Auteure :Nathalie Debavelaere

Tous nos contenus sur "Neverland" Toutes les critiques de "Nathalie Debavelaere"

ça peut vous interesser

Séries Mania 2019 : Masterclass Freddie Highmore

Rédaction

Séries Mania 2019 : Retour sur la cérémonie d’ouverture

Rédaction

Wonder Wheel de Woody Allen

Rédaction