21 octobre 2019
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Ni pour, ni contre (bien au contraire) : Si ça, ce n’est pas du grand banditisme !

"Ni pour ni contre (bien au contraire" ou quand Cédric Klapisch revisite le genre policier à contre-courant avec une audace rare, digne des plus grands réalisateurs… Et pourtant, dans le domaine des films de braquage et de gangsters, la barre était placée très haute : Scorsese, Tarantino…  Non content d'emprunter une contre-allée de la tradition du film noir, Cédric Klapisch, en plus, nous prend complètement à contre-pied ; et on aime ça ! D'un seul coup, on se sent bien loin des films sympathiques tel "L'Auberge espagnole".

"Ni pour ni contre (bien au contraire" est la preuve que l'univers de Klapisch est un monde à tiroirs insaisissable, mouvant.  En soi, le scénario n'a rien d'exceptionnel : une bande de malfrats, qui rêve d'une vie où l'argent coulerait à flots, a besoin d'un cameraman pro pour filmer leur prochain braquage. En fait de cameraman, Jean, le cerveau du groupe, débauche Caty, une jeune fille de 27 ans, qui passe inaperçue auprès de ses collègues de travail, et qui se fond dans la masse lorsqu'elle est dans la rue. La collaboration se révèle fructueuse, et Caty fait bientôt partie des leurs.  Elle se laisse même tenter par « le coup du siècle », le coup de toute une vie : elle doit séduire le directeur d'un dépôt de transfert de fonds pendant que ses complices vident les coffres remplis de liasses de billets. Une opération risquée mais qui est censée assurer à Caty un minimum de 5 millions. Et l'appât du gain, c'est bien connu… 

Si ce film s'avère des plus captivants, c'est bien parce que Cédric Klapisch a une façon particulière, inclassable, de filmer les choses.  Chaque image est d'une rare intensité, les plans sont abordés sous un angle graphique implacable et la musique, comme si elle était capable d'injecter l'angoisse et le suspense par doses pernicieuses, nous manipule… Mais le génie du film, c'est l'humour décalé, l'exagération dans les situations et l'excès entremêlés, que Cédric Klapisch manie comme personne. Il fait surgir l'inattendu dans les situations banalisées, il fait jaillir le ridicule dans les moments de tension.

Et puis, il y a cette façon personnelle qu'il a d'aborder les relations humaines -qu'elles soient roses comme dans "L'Auberge espagnole" ou noires comme ici, dans "Ni pour ni contre (bien au contraire"- qui donne à la fois une épaisseur et une profondeur à ses films.  Question casting, Vincent Elbaz fait forte impression dans le rôle de Jean, le gangster qui monte et dirige les opérations : ses regards en disent autant que ses mots. Il fait passer dans son jeu un sentiment confus d'homme dominateur, d'homme amoureux, de paternaliste : il n'est jamais ni tout blanc ni tout noir. Quant à Marie Gillain dans le rôle de Caty, elle incarne à la fois une femme d'apparence fragile qui cache une véritable force intérieure et une femme en apparence forte qui cache une vulnérabilité incandescente. Saluons également les performances de Zinedine Soualem, Dimitri Storoge et Simon Abkarian, qui ont pris très à cœur leurs rôles de gangsters. 

Dans "Ni pour ni contre (bien au contraire", Cédric Klapisch nous prend par la main pour nous raconter un braquage : il commence par raconter l'histoire sur ce ton sympathique qui le caractérise, et nous, on lui fait confiance aveuglément. Et on se fait avoir en beauté, car il n'a rien trouvé de mieux que de nous lâcher en route en bifurquant une fois, deux fois…en faisant tout basculer une fois, deux fois…

Auteure :Nathalie Debavelaere
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